Le Début.

Le Début.
Vous avez déjà essayer de créer quelque chose qui soit inutile ? Oui, plusieurs fois.
J'ai décidé de faire plaisir et de créer ce blog. Non pas dans un but inutile, mais plutôt pour renouveler un abonnement. Un abonnement d'histoires, disons ça comme ça. J'en termine une, j'en recommence une autre. Devise qui marche car à chaque fois, j'ai l'impression de revivre une nouvelle fois. Je commençais à ressentir une certaine lassitude pour mon ancienne fiction. De plus, elle n'a vraiment pas marché. Pas du tout mais j'en suis consciente. Manque de... Je n'en sais rien, de popularité peut-être. En tout cas, me revoici avec du nouveau. Adieu monde des Stars, là, j'entre dans la Vraie Fiction !




"Mon nom est Lila. Oui, comme les fleurs. Malheureusement pour moi, je déteste les fleurs. Et plus particulièrement, le lilas. J'habite dans une région assez verdoyante de Londres et je viens tout juste d'avoir seize ans. Aux yeux de tous, y compris ma mère, je suis une fille calme, timide et assez émotive. Mais non, en fait, c'est juste que je m'y suis habituée. Ma vie banale et ennuyante pourrait changer, mais une fois de plus, comment faire ?"

# Posté le samedi 28 mars 2009 18:13

Modifié le mardi 01 septembre 2009 06:09

Le Premier.

Le Premier.
Vendredi 12 Novembre, 6h29 :


Il est comme d'habitude trop tôt pour se réveiller, mais j'ouvre doucement les yeux. Je pousse ma couette épaisse sur le bord de mon lit. Mes pieds effleurent le sol. Il fait noir dans la pièce. J'entre dans la salle de bain, la tête lourde, les jambes flageolantes. Mon reflet dans le miroir n'est pas pire que certains matins. Mes cheveux châtains seulement un peu emmêlés. Qu'il fait chaud ici ! J'ouvrais en grand la fenêtre, respirant pleinement l'air de Londres. Ma fenêtre se trouvait juste en face d'un parc. Le parc où j'allais chaque après-midi, d'ailleurs. Là-bas, c'était comme un coin isolé. Aucun problème, aucun souci. Et j'aimais tellement le vent qui soufflait faiblement vers quatre heures de l'après-midi... Je refermais la fenêtre, tournais le robinet de la douche du côté le plus froid possible et attachais négligemment mes cheveux. J'enlevais lentement ma légère chemise de nuit et rentrais dans la douche. Quelques frissons me parcoururent le dos au contacte de l'eau glacée. Je détestais l'eau chaude, étrangement c'était comme une obsession, un cercle vicieux de l'eau chaude. L'eau brûlante me donnait mal à la tête, je n'ai jamais su pourquoi. C'est donc au bout de quelques minutes que j'attrapais une serviette et me roulais à l'intérieur. L'eau avait arrêté de couler. Vu que mes cheveux n'étaient pas tout trempés, il n'était pas nécessaire de faire le long soin dont ils ont besoin. Je les laissais retomber gracieusement le long de mon dos lorsque j'enlevais enfin l'élastique. 6h47. J'avais le temps. Je partais à la recherche de mon uniforme de Novembre. Surement, rangé dans une armoire. Mais laquelle ? Je les fouillais une à une, tiroir par tiroir. Là ! J'enfilais la jupe à volant ainsi que le chemisier blanc et mettais la veste sur mes épaules, laissant pendre les manches. 6h51. J'examinais ma chambre, le bleu ciel devenait de plus en plus clair au fil des jours. Sur ma table de chevet était posé un livre, le livre que j'avais lu des milliers, peut-être même des milliards, de fois. Je l'attrapais délicatement et plongeais sur mon minuscule lit. Je pouvais au moins lire vingt minutes, non ? Les pages tournaient les unes après les autres, m'envoyant une odeur de papier dans la figure. J'aimais tellement ça. Le livre narrait l'histoire d'un garçon pas tout à fait comme les autres qui en cherchant son meilleur ami perdu dans une immense forêt, rencontre une fille pas tout à fait comme les autres. Leurs aventures palpitantes n'étaient pas simplement : Ils se rencontrent – Ils tombent amoureux – Et vivent heureux le reste de leur triste vie. Non. Elle le quitte, il meure de chagrin, elle revient le chercher aux portes du paradis, elle lui offre son c½ur et il repart vivre sur terre en laissant celle qu'il aime le sauver, ils seront à jamais liés. Etc., Etc. Je referme le livre. 7h07. J'empoigne mon sac de cours posé dans un coin de ma chambre et ferme la porte couverte de pancartes « NE PAS ENTRER ! » derrière moi. Les gestes matinaux sont toujours les mêmes, après la porte fermée, la descente des escaliers et enfin le petit-déjeuner à la cuisine. Je tire une chaise de la petite table blanche de la cuisine.
- Bonjour, Lila. Chantonna ma mère.
- Salut, Maman. Lui répondis-je morose.
Elle cuisinait, comme d'habitude.
- Tu as passé une bonne nuit ?
Elle souriait, qu'est-ce que je pouvais lui répondre face à ce grand sourire ? Mentir ?
- Bah, oui, très bien.
- Moi aussi !
A cet instant, mon frère, Tommy déboula dans la pièce.
- Booonjour, Lila ! Cria t-il.
- Ah... Tommy !
Du haut de ses cinq ans et demi, il me souriait, les yeux pétillants de bonheur. Comme toujours d'ailleurs. Il attendait quelque chose apparemment car il croisa ses bras sur son faible torse.
- D'accord... Allez, viens là. Soupirais-je en le prenant sur mes genoux.
Ma mère versa des ½ufs brouillés et du bacon dans mon assiette.
-Moi aussi je peux en avoir, s'il te plait Maaaaman ? Supplia mon frère en bondissant sur mes genoux, ce qui m'arracha un petit cri de douleur qu'il ne remarqua pas, bien-sûr.
- Lila, attrape une assiette pour ton frère.
Je posais l'agité à côté et poussais bruyamment ma chaise.
- Tiens, et ne la fait pas tomber. D'accord ? Dis-je en lui tendant une assiette.
- Non, non.
Je me rassis, et continuais à agiter ma fourchette autour du bacon encore chaud.
-Lila, il est temps de partir ?
Je jette un coup d'½il à l'horloge, 7h23.
- Oui, j'y vais. A ce soir, maman. Murmurais-je en finissant mon assiette en vitesse.
- Moi aussi, je peux aller au lycée, s'il te plait Maaaaman ? Re-supplia mon frère.
- Non, Tommy. Quand tu feras la même taille que Lila, d'accord. Mais ce n'est pas pour tout de suite.
Mon petit frère baissa la tête, déçu.
- Ne t'en fais, tu iras bien plus vite que tu le penses. Dis-je en ébouriffant ses cheveux au passage.
Un sourire éclaira son visage. Un rien, le rend heureux. Je prenais mon sac sur l'épaule et partais.
- Ne rentre pas trop tard ! Cria ma mère tandis que je claquais la porte.
« Oui, maman ! » Avais-je envie de répondre mais je m'élançais déjà dans la rue. Le ciel bleu rayonnait au dessus de ma tête, les volets des chaque maisons s'ouvraient, un à un. Les oiseaux commençaient à gazouiller au loin, sur les toits, profitant des premiers rayons du soleil. Je marchais tranquillement, prenant tout mon temps pour contempler la ville se réveiller. Londres, une grande ville, certes, mais Ma ville. Je passais devant la maison des Ferguson. Ah, les Ferguson... Deux charmants parents, une mère adorable et un père protecteur. Mais contrairement à eux, leurs deux fils n'étaient pas aussi... Fusionnels. Deux jumeaux, totalement opposés. L'un était premier dans toutes les matières, même en sport. L'autre était le Leader d'un groupe de Rock. Je n'avais jamais vraiment prêté d'attention particulière à ces frères. Mais je savais qu'ils ne s'aimaient pas. Leurs histoires m'importaient peu à vrai dire. Ils étaient seulement mes voisins, c'est tout. Un bus rouge passa devant moi. Vite ! C'était le mien. Il s'arrêta à quelques mètres de moi tandis que je continuais à courir. Les portes s'ouvrirent et je montais les quelques marches en essayant de ne pas trébucher dans un élan de vitesse.
- Ticket ? Marmonna le chauffeur en me regardant d'un air de dégout.
- J'ai...J'ai une carte. Articulais-je le mieux possible.
Je sortis, alors, la précieuse carte de ma poche et plaquais devant la figure du chauffeur.
- C'est bon, allez-y. Soupira t-il en baissant la tête.
J'avançais lentement tandis que le bus redémarra. Un tournant ! Bam.
- Excusez- moi ! Murmurais-je à celui que j'avais littéralement écrasé.
- Faites un peu attention ! Hurla t-il ahurit.
Je baissais à mon tour les yeux et continuais à chercher une place. Personne ne semblait remarquer que j'étais la seule debout. Près de la vitre. Je m'asseyais, posant mon sac sur la place d'à côté. Je me tassais sur mon siège, attachant à la va-vite mes cheveux d'un élastique qui serrait mon poigné. Prochain arrêt, lycée.
A cet instant, le premier incident étrange arriva. Le bus passa devant une maison différente des autres. Toute nouvelle car dans mes souvenirs, elle n'apparaissait pas. Etrange, je n'avais jamais remarqué ? Et comment avais-je fais pour passer à côté d'une telle demeure ? Elle était peinte de bleu ciel, presque turquoise. Vraiment imposante, presque aussi grande qu'un palace. Pourtant, très accueillante. Avec ses fenêtres encerclées de lierre. Des plantes poussaient de tous les côtés, le jardin s'étendait par devant. Des arbres à fleurs en plein de mois de Novembre. Sans contexte, la plus belle maison de Londres était sous mes yeux. Un homme était assis en tailleur sur l'herbe verte, il me souriait. D'une beauté intrigante, enfin, seuls ses yeux le différenciaient des autres hommes de ce vaste monde. D'une couleur indéfinissable. Couleur de quartz rose. Impressionnant, étonnant, stupéfiant. Des traits fins, des yeux en amande, des mains fragiles, pleines de douceur. Ses cheveux longs retombaient dans son dos, des cheveux blonds à la limite du blond platine. Il était vêtu d'un long tee-shirt délavé et d'un pantalon en velours. Je ne saurais dire son âge, il devait avoir dans la vingtaine d'année. Peut-être plus. Mais d'une beauté inqualifiable. La douceur incarnée. Le bus fila à toute vitesse, me laissant le contempler seulement quelques instants. Ebahie, j'avais du mal à réaliser où j'étais. Le bus s'arrêta. Mon Lycée, ses grandes portes noires, envahies par le lierre s'étendaient devant moi. Allez, bouge-toi un peu Lila.
- C'est une journée comme une autre. Soufflais-je pour moi-même.
Petit à petit, mes pas se firent plus lents, plus lourds. Je descendais, mon sac empoigné dans la main, je marchais au milieu de l'allée du lycée. Je soupirais m'arrêtant juste devant l'entrée. Encore une journée banale. Les élèves commençaient à arriver. Je poussais la lourde porte. Voilà, j'y suis. L'odeur du sol tout juste lavé me fit sourire. Direction la bibliothèque.
- Bonjour, Lila. M'interpella la principale.
- Bonjour, Madame. Répondis-je habituée.
- Tu arrives encore beaucoup trop tôt.
- Je sais.
Sur ce, elle m'ouvrit la bibliothèque et tourna les talons.
- Merci, Madame.
Elle ne fit aucun geste en retour. Bien trop occupée... Mais oui, c'est ça. J'entrais dans le domaine silencieux.
- Ah...Lâchais-je fatiguée.
Je m'installais à une table, au fond, et sortais mon mp3. A cette heure, personne ne venait ici. J'avais droit à tout, du coup. Je lançais la première musique qui apparaissait sur ma liste. Une de mes chansons du moment. « Obviously » de Mcfly. Je croisais mes bras sur la table et laissais ma tête se poser dessus, tournée de façon à voir le ciel à travers la fenêtre encastrée dans le haut du mur. Un avion passa, il laissa son nuage d'avion que j'aimais tant. Lorsque j'étais toute petite, ce trait blanc dans le ciel me rassurait. C'était plus apaisant que n'importe quelle autre méthode. « DRRRIIIIIIIIIIIING » Je sursautais, pratiquement à en tomber de ma chaise. C'était repartit. Je sortais de la bibliothèque. 8h.
- T'as vu la tête du nouveau ? Murmura quelqu'un à l'oreille de son voisin.
- Oui ! Mon dieu, il est trop bizarre... Lui répondit-il perturbé.
Ne peuvent-ils donc jamais s'arrêter de parler dans le dos des gens ? Vraiment, pauvre garçon. Je me frayais un chemin à travers la foule de monde qui se précipitait dans leur classe. Moi, j'allais en cours d'art dramatique. 6D, du deuxième bâtiment. La salle se trouvait à l'opposé d'où j'étais. Je sortais par la porte du côté de la cour, un endroit vert encerclé par trois imposants bâtiments. Le bâtiment 1, celui des cours scientifique. Le bâtiment 2, celui des cours littéraires et des arts et le bâtiment 3, qui regroupait un stade et un gymnase. Je traversais la cour, en veillant à passer par les allées plutôt que l'herbe. La rosée venait de passer. Je bousculais trois personnes au passage et rentrais enfin dans ma classe. Enfin, si on peut appeler ça une classe. Quelques sièges installés n'importe où, un canapé et une petite scène. Tout ça casé dans une salle de classe. Etonnant, d'ailleurs. Je posais mes affaires dans la grande étagère et prenais une place sur le sol en compagnie de quelques élèves. Plutôt à quelques mètres d'eux.
- Y parait qu'il est muet. Enfin, il parait. Chuchota une fille blonde qui faisait partie de la bande qui trônait au milieu de la salle.
- Oui, ça s'est confirmé. Richard lui a parlé et il n'a même pas prit la peine de répondre. Répliqua une autre fille d'un ton arrogant.
- T'appelle ça confirmé, toi ? Dit un garçon aux cheveux bruns en la toisant gracieusement.
- Mais il est étrange, vous ne trouvez pas ? Il a un truc bizarre. Reprit la fille blonde.
- Non, c'est un nouveau. C'est tout. Répliqua le garçon.
Pauvre nouveau. Voilà ce à quoi ils avaient tous droit, les nouveaux. « Il est bizarre, y parait que ses parents sont décédés et que du coup il est venu en pension ici. Et sa s½ur l'a accompagnée et blablabla... Et blablabla. » Franchement, je suis heureuse d'être arrivée au début d'année.
- Allez, les enfants ! Commençons ! Cria Mrs. Donner en claquant violemment la porte derrière elle.
Tout le monde se remit debout en vitesse. Tous sauf moi, bien-sûr. Lassée comme d'habitude.
- Aujourd'hui, nous avons des exposés, non ? Lise monte sur la scène. Lui ordonna t elle.
- Mais...Mais madame, il n'y avait rien à préparer pour aujourd'hui ! Supplia cette dernière.
- Improvise !
Lise monta sur la scène, vaincue. Ses cheveux noirs ressemblaient à des ailes de corbeaux lorsqu'elle pencha la tête en avant pour trouver un peu d'inspiration.
- Automne. Lui soufflais-je gentiment.
- Rasseyez-vous, s'il vous plait. On écoute Lise. Dit Mrs. Donner.
Lise me lança un regard désespéré que je lui rendais par un sourire d'encouragement. Elle hésita puis soupira.
- « O hushed October morning mild,
Thy leaves have ripened to the fall;
Tomorrow's wind, if it be wild,
Should waste them all.
The crows above the forest call;
Tomorrow they may form and go.
O hushed October morning mild,
Begin the hours of this day slow. » Chantonna t elle, fière d'avoir trouvé de quoi elle pouvait narrer.
- Bien, bien. La suite, la connais-tu ? Demanda Mrs. Donner.
- Eh, bien... Pas tellement. Dit Lise, gênée.
- Lila ? Tu prends la suite. M'ordonna Mrs. Donner.
Pourquoi moi ? Franchement, les profs... Bien-sûr que je connaissais ce poème, mais faire celle qui connaît tout parce qu'elle passe son temps dans les livres, je déteste ça.
- D'accord. Murmurais-je résignée.
- Pas la peine de monter sur scène. Lise reste là, tu feras le commentaire après.
- « Beguile us in the way you know.
Release one leaf at break of day;
At noon release another leaf;
One from our trees, one far away.
Retard the sun with gentle mist;
Enchant the land with amethyst.
Slow, slow!
For the grapes' sake, if the were all,
Whose leaves already are burnt with frost,
Whose clustered fruit must else be lost
For the grapes' sake along the all.»

- Merci, Lila. Rassies toi. Alors Lise, October pourquoi l'as tu choisi ? Siffla Mrs. Donner.
Je me reposais sur le sol, ne suivant plus rien à leur discussion jusqu'à la fin de l'heure. Mon esprit était seulement perturbé par un évènement, Lise m'a compris lorsque j'ai dit Automne. Ça peut paraître stupide mais c'est la première fois que je souffle la réponse à quelqu'un et que cette personne comprend ce que je viens de lui dire. C'était plutôt marrant, en fait. Et étrange, aussi.
- Eh, Lila. Merci de m'avoir aidée tout à l'heure. Me chuchota Lise tandis qu'elle se rasseyait à mes côtés.
- C'est rien. Je savais la réponse...ou plutôt sur quoi, il serait bien que te parles. Répondis-je un peu gênée.
- Tu manges dehors le midi ? Demanda t elle pleine d'enthousiasme.
- Non, je mange ici.
- Oh, super ! Tu viendras avec nous alors ?! S'exclama Lise déclenchant quelques regards vers nous.
- Oui, c'est d'accord, c'est d'accord. Murmurais-je pour tenter de la calmer.
Elle me fit un immense sourire et partit dans une autre discussion avec l'une des filles du groupe d'à côté pendant que la prof partait encore dans ses délires de pièces de théâtre.
Lise m'avait invitée à manger avec eux ? Moi, qui mangeais toujours dans la bibliothèque en écoutant de la musique (Seul endroit où il n'y avait pratiquement personne, du coup, pas d'interdiction). Bon, à vrai dire, ça devait faire un mois que je mangeais seule et un peu de compagnie n'est pas si mal. Et puis Lise était sympa. Les autres je ne connaissais que leurs prénoms. Sally, Leonard, Nancy, Gary et Lise. Le groupe des groupes. J'avais dû leur parler... une ou deux fois pas plus. Lise était celle avec qui je m'entendais le mieux. Pas seulement aujourd'hui mais de temps en temps, nous parlions de... Je ne sais pas. C'était une fille plutôt timide mais ayant un certain tempérament. Ses cheveux noirs corbeaux étaient étonnamment lisses, ses yeux noisette la rendaient plus douce qu'elle ne l'est, d'ailleurs son teint pâle s'accordait parfaitement au reste.
- Nous mangerons avec les autres ça ne te déranges pas ? Parce que si tu... Chuchota Lise en se tournant vers moi.
- Non, non. Ils ont l'air sympa.

« DRRIIIIIING ». Cours suivant, Maths, Bâtiment 1 – Salle 2F.
C'est repartit. Je reprenais mon sac et filais à mon prochain cours. Dans les couloirs, les gens trainaient le pas. Le plus lent possible pour être en retard, sans doute. Moi, j'avançais, ramenant mon sac sur l'épaule, slalomant entre deux personnes. De temps en temps, j'entendais des chuchotements puis des rires.
- Oui, il parait qu'il s'appelle Sam. Mais rien n'est sûr. Lança un garçon à son pote.
- Il ne parle pas, apparemment. Répliqua son copain.
Je continuais de marcher et traversais la cour, vide. Seul un garçon aux cheveux blond platine presque blanc assis dans l'herbe, tête baissée, lisait un livre. Ou quelque chose comme ça, car je ne le voyais que de loin. Ses cheveux m'impressionnaient, plutôt longs, recouvrant son front et retombant le long de son cou. Une telle couleur, c'était presque impossible. Une teinture ? Pourtant ils semblaient si... Vrais. Une deuxième sonnerie retentit. Mince ! Je courrais maintenant jusqu'à ma classe.
- Désolée, je suis en retard. Dis-je essoufflée en rentrant dans le cours de Maths.
- Assieds-toi en vitesse. M'ordonna le professeur qui inscrivait déjà quelque chose au tableau.
Je sortais mes affaires en faisant le moins de bruit possible. Je déteste les cours de Maths. Tous ces nombres qui s'entrechoquent dans ma tête... Quelqu'un toqua à la porte.
- Entrez ! Monsieur, vous êtes en retard ! Cria Mr.Ephar.
La porte s'ouvrit rien qu'un peu et un garçon aux cheveux blond platine rentra dans la salle. Le garçon que j'avais vu tout à l'heure, assis dans l'herbe. Il avait un papier à la main.
- Vous avez un papier pour votre retard ?
Le garçon posa son morceau de papier sur le bureau et alla s'asseoir sans dire un mot à deux tables à ma gauche. C'était la première fois que je le voyais d'aussi près. Mais il gardait la tête baissée. Les chuchotements s'intensifièrent provoquant une remarque du Professeur. Lui, sortait calmement ses affaires, ses cheveux étaient encore plus magnifiques de là où j'étais. Son uniforme lui allait mieux qu'aux autres garçons et les filles remarquaient cela. Déjà tout un groupe s'était installé à ses côtés. Il était plutôt beau, c'est vrai. Mais Muet. Les rumeurs ne mentaient pas toujours.
- Continuons. S'exclama Mr. Ephar.
Toutes les filles retournèrent à leurs places, Il ne prêta même pas attention à elles. Moi, je continuais de noter le cours, en essayant de ne pas trop détourner le regard. Mais c'est vrai, il m'intriguait. Puis mes pensées divaguèrent vers l'homme de ce matin. Cet homme aux cheveux intensément longs, qui me souriait. Une beauté plus spectaculaire encore que le nouvel élève. Et cette maison si...
- Lila ! Chuchota ma voisine en me tendant un papier.
- Oui, c'est pour qui ?
- Le nouveau. Souffla t elle, impatiente.
- D'accord.
J'attrapais le mot et le passais à mon voisin de gauche.
- Pour le nouveau. Murmurais-je à peine audible.
Je me redressais et d'un mouvement de table fit tomber mon stylo sur le sol. Rho !
J'allais me lever pour faire le tour mais quelqu'un s'en empara avant moi. Sam, le nouveau. Toujours assis sur sa chaise, il lui avait fallu juste tendre le bras. A cet instant, il tourna la tête. Un mouvement de cheveux et un immense sourire qui me fit vaciller sur ma chaise. Et je vis ses yeux. Ma respiration se bloqua. Des yeux couleur quartz rose me fixaient.
- Je...Je...
Sous le choc, j'arrachais le stylo des mains de Sam. Je sentais que mes joues viraient au rouge, et son regard était toujours sur moi. Il continuait de sourire. Encore et encore.
La sonnerie m'arracha de ma contemplation. Il se leva, rompant notre lien visuel. J'avais tant de question à lui poser, tant de choses à lui dire... Mais rien ne sortait de ma bouche, je restais là. Assise sur ma chaise, bouche bée. Il sortit sans même tourner la tête, pas un mot, pas un geste. Les secondes s'écoulèrent très vite car peu de temps après Lise me parlait déjà.
- Lila, qu'est-ce que tu fais là... Tu n'es pas censée être en Chimie ?
- Sans doute. Répondis-je, le regard vide.
- Mais viens, dépêche toi. Tu n'as pas l'air bien... ça va ?
- Oui, oui... C'est juste que... Non, rien. Il faut que j'y aille. A dans une heure !
- A tout à l'heure. Ne te perds pas en route.
Je remballais mes affaires plus vite que jamais et sortais en courant de la classe. Il avait sûrement chimie avec moi, non ? Soudain, mon souffle s'apaisa. Je repris conscience que j'étais en retard et continuais à courir dans la bonne direction. Pourquoi les classes étaient elles si loin, les unes des autres ? Heureusement, lorsque j'arrivais, le professeur n'était pas encore là. Je rejoignis mon tabouret, guettant la moindre mèche blonde à moins de dix mètres. Il était là. Assis, au fond de la classe, tête penché sur le côté, regardant le ciel bleu à travers la fenêtre. J'allais l'appeler mais je me retins. Une bande de fille s'était déjà formé autour de lui. Le pauvre, tout de même. Cependant, Sam ne semblait pas faire attention à elles. Il continuait de regarder le ciel, l'air pensif.
- Installez-vous. Cria le professeur tout en posant son sac sur le bureau.
Je n'avais même pas remarqué qu'il était entré. Il enleva sa veste et enfila l'éternel blouse blanche qu'ont tout les profs de chimie. Je fixais toujours Sam, tout en sortant de quoi noter. Lui, prit dans sa contemplation du ciel décida enfin de tourner la tête. Et me regarda, son expression était celle d'un enfant. Il me sourit, une nouvelle fois et je baissais la tête, gênée. Je crus entendre des plaintes du côté de sa bande de fans mais je fis comme si je n'avais rien remarqué.
- Aujourd'hui, nous allons fabriquer des colorants artificiels alors pas de mouvements brusques qui risque de créer une explosion ou quoi que ce soit, d'ailleurs. Railla le Professeur.
Quelques chuchotements puis des rires.
- Monsieur, nous avons un nouvel élève dans la classe ! Hurla une des filles hystérique qui semblait vénérer Sam.
- Ah ? Où est-il ? C'est vous... ? Dit-il en pointant Sam du doigt.
Ce dernier hocha la tête. Je me concentrais sur mon cahier afin d'oublier un peu l'existence du nouveau venu. Pourquoi m'intriguait-il autant ?
- D'où venez-vous ? Demanda le Professeur, perplexe.
Un silence s'installa. Tout le monde attendait que Sam parle enfin. Mais il ne dit rien, regardant droit dans les yeux son interlocuteur.
- D'Irlande ! Cria soudain une de ses fans.
- Mmh, L'Irlande. Et pourquoi cette soudaine arrivée ici ? Répliqua t-il.
Sam se taisait, laissant parler ses admiratrices. Mais elles-mêmes, ne semblaient pas savoir. Réfléchis, Réfléchis... Allez, courage Lila.
- Sam a...certaines raisons, familiales. Des histoires compliquées avec ses parents... Pas vrai, Sam ? Intervins-je d'une voix tremblotante.
Sam écarquilla les yeux puis hocha la tête. Tout le monde semblait amusé par ma réponse, mais elle avait suffit pour que le Prof arrête son interrogatoire et revienne se placer à son bureau. Une fois que tout le monde se soit remis de ce qui venait de se passer, Sam me fit un sourire que je clarifiais par un « merci ». Je détournais les yeux. L'heure passa aussi vite que la précédente, me laissant divaguer sur mes pensées de temps à autre.
Lorsque la sonnerie retentit, j'eu du mal à sortir de mes rêveries. Je sortais donc, comme d'habitude, la dernière de la salle. Sauf qu'aujourd'hui, quelqu'un m'attendait devant la porte. Sam. D'abord, je fis celle qui ne se rendait pas compte que c'était elle qu'on attendait. Mais ça ne marcha pas, car Sam se mit devant moi afin de ne pas me laisser passer. Son corps frêle prenait cependant beaucoup de place collé ainsi au mien.
- Merci. Chuchota t-il d'une voix angélique.
J'étais consternée, ébahie et en colère aussi.
- Que...Quoi ?! Mais tu parles ! Mais...Tu ... ! Rageais-je soudain prise d'un élan de colère.
- Parler n'est pas naturel, chez vous ? Plaisanta Sam un sourire aux lèvres.
- Non, mais c'est quoi ton problème ?! J'ai mentis pour toi... Parce que je croyais que tu étais Muet ! Hurlais-je.
- Muet et Sourd vont ensemble, le plus souvent ? Sauf que je ne suis pas sourd. Pardonnes moi, Lila. S'excusa t-il en redevenant l'être le plus fragile du monde.
- Tu n'as pas répondu tout à l'heure. Pourquoi ? Et d'où tu connais mon nom ? Prononçais-je en me calmant un peu.
- As-tu remarqué les filles autour de moi, tout à l'heure ? Y compris toi, bien-sûr. Je provoque souvent un certain...Aspect de folie, lorsque je parle. D'ailleurs, je ne comprends pas très bien pourquoi, toi, tu n'es pas folle de moi à cet instant ? Dit-il soudain redevenu rieur.
- Pour qui tu ne prends là ?! Tu rigoles ou quoi ? M'enflammais-je soudain.
- Je dis seulement qu'aucune fille, ne résiste habituellement, à ma voix. Soupira t-il moqueur.
- Moi, je préférais quand tu ne parlais pas ! Prétentieux ! Criais-je avant de partir comme une furie.
Non, mais c'est quoi son problème ?! Je bousculais une personne, sans même m'excuser et sortais rejoindre Lise qui m'attendait sagement assise sur les marches de la cour.
- Tu as l'air encore pire que tout à l'heure. Souffla t elle, calmement.
- C'est rien...
J'avais envie de lui dire mais quelque chose m'en empêcha, une force que je ne contrôlais pas. Un truc en moi, me disait de me taire. Alors je fis comme si de rien n'était. Elle m'entraina vers la cafétéria, l'endroit habituel où personne ne mangeait. Là-bas, nous retrouvions Sally et Leonard assis à une table. Sally était une fille plutôt impressionnante, sa beauté naturelle dégageait quelque chose. Sally, la verte. Je pense que c'est ce qui la caractériserait le mieux car plus écologiste et ailleurs... Tu meurs. Ses longs cheveux blonds vénitiens faisaient d'elle, l'une des plus belles filles du lycée. Ainsi que son copain, Leonard bien-sûr. Le couple, le plus beau d'ici, c'était eux. Leonard, mince comme une brindille, les cheveux châtains clairs, une manie de toujours rester avec Sally, n'importe où elle allait. Ils étaient charmants aussi bien l'un que l'autre.
- Sally, Leonard ! S'écria Lise un grand sourire aux lèvres.
- On vous attendait ! Répondit Sally sur le même ton.
Poliment, Leonard se leva et attendit une réaction de Sally. Elle fit de même et tout deux, mains entrelacées, allèrent du côté des vitrines. Car oui, ici, nous achetons ce qu'on mange comme au fast-food.
- Tu t'appelles bien Lila ? Me demanda Sally en se tournant vers moi.
- Oui... Et toi, c'est Sally n'est-ce pas ?
- Oui, c'est ça. Dit-elle en souriant.
Bizarrement, je me sentais vraiment bien avec eux. Peut-être pas totalement mais presque.
Lise m'entraîna aussi vers les machines. Sorte de distributeurs flamboyants. C'était la première fois que je mangeais ici, alors, je suivais le moindre de leurs mouvements. Des étages de salades, de sandwichs, quelques légumes légers... Parfait. J'optais pour une salade jambon. Sally pour des crevettes qu'elle partagerait avec Leonard et Lise un petit sandwich au thon. Une fois le tout commandé, la machine déversa notre déjeuner dans une caisse juste à côté. Je prenais ma salade et suivais le petit groupe. En réfléchissant, moi aussi, je faisais partie de ce groupe maintenant. Nous nous installâmes dans l'herbe de la cour, entourés de quelques élèves.
- Dis, Lila, pourquoi le nouveau te regarde comme ça ? Tu le connais ? Me demanda Lise en fixant derrière moi.
Je me retournais et croisais, pendant un instant, le regard de Sam. Qu'est-ce qu'il me voulait encore lui ? Son teint pâle faisait ressortir encore plus ses yeux teintés de rose. Je regardais désormais l'image du Sam prétentieux dans ma mémoire. Je détournais les yeux, il n'en valait pas la peine.
- Non, je ne le connais pas. Pas suffisamment, en tout cas, pour m'intéresser à ce qu'il pense en ce moment. Soupirais-je déçue.
- Il t'a parlé ? S'écria t elle soudain étonnée de ma réponse.
- On ne peut pas appeler ça, « parler ». Dis-je poliment.
- Il est spécial, je trouve. Un truc dans le regard, même ses cheveux sont... Hors du commun. Pour moi, ce garçon a quelque chose. Mais je ne m'y intéresse pas non plus. Dit-elle en souriant.
« Un truc dans son regard », ne l'avait-elle donc pas vu ? Ce quartz rose dans ses yeux ? Ce rose qui m'a fait perdre conscience de tout ? Je faisais celle qui n'avait rien remarquée...Encore.
- Non, il est...banal si on enlève la couleur de ses cheveux. Répondis-je brutalement.
- Tu as raison...Soupira Lise avant de continuer à manger.
Je repensais à ce qui s'était passé, le contact de ses mains si douces, notre échange de regard, ses sourires si fréquents, ses yeux si étranges, puis comme il s'était vanté quand il a parlé. Vraiment... Trop prétentieux. Je commençais enfin à manger la minuscule salade que j'avais achetée.
- Lila, on ne s'est pas présentés. Je suis Leonard, ravis de te rencontrer. Me salua Leonard au bout de quelques minutes.
- Ravie, aussi, Leonard. Dis-je en avalant une feuille de salade.
- Tu aurais pus t'y prendre plus tôt, Leonard ! Murmura Sally en donnant un léger coup de point à son compagnon.
- Je suis désolé.
- Ce n'est pas grave. Sally, pardonne-lui. Je n'ai même pas fait attention...Chuchotais-je timidement.
Leonard me souriait, ce qui m'étonna un peu d'ailleurs. Nous continuions de discuter pendant une longue heure ainsi. Lise m'avait parlé de ses deux petits frères et j'avais l'allusion à Tommy, mon petit frère, qui apparemment, connaissait déjà les frères de Lise. Aussi, elle me raconta comment elle avait quitté la Norvège pour s'installer ici, à Londres. Et un tas d'autres trucs qui m'étaient un peu sortis de la tête. Mais je l'aimais bien, cette Lise. Lorsque nous décidions enfin de partir, Sally et Leonard s'éclipsèrent en un instant.
- Et tu n'as...Dit Lise en s'interrompant brutalement.
Elle se tut un instant, le regard fixé au loin. J'essaye de suivre l'endroit qu'elle regardait. Un des frères Ferguson passa à quelques centimètres de nous, en un mouvement rapide qui fit voler les cheveux noirs de Lise. Elle soupira.
- Ah... Matthew. Murmura t elle si bas que j'eu, moi-même, du mal à l'entendre.
- Tu... Tu as un penchant pour Matthew ? Questionnais-je au hasard.
Elle me fit un sourire puis baissa la tête. Matthew, le leader du groupe de rock que tout le monde connaissait, que tout le monde aimait. Sûrement, le meilleur des deux frères à mon avis. Ses cheveux étaient aussi noirs que ceux de Lise, coupés assez courts, tout ébouriffés, une vrai rock-star avec son collier noir. Sauf qu'avec l'uniforme, c'était un élève parmi tant d'autre. On le voyait le plus souvent avec une veste en jean, des converses rouges et son éternel collier.
- Disons que... Je l'aime bien. Souffla Lise tandis que son Matthew partait déjà de l'autre côté de la cour.
- Vous allez très bien ensemble, tu sais ? La réconfortais-je le plus tendrement possible.
- Merci, mais il est tellement...inaccessible à présent.
- Comment ça ? Demandais-je réellement intéressée.
- Il devient de plus en plus célèbre. Moi, une pauvre fille invisible, tu penses vraiment qu'il me remarquera ? Il en a tellement d'autre qui l'aime aussi... Pourquoi est-ce que ça serai moi qu'il remarquera et pas une autre ?
Sa voix dérailla, elle se rendait malade à cause de cette histoire. Sa tristesse pouvait se voir des kilomètres à la ronde. Elle était largement assez belle pour que Matthew la remarque. Je les voyais déjà ensemble, c'était comme une évidence.
- Vous êtes faits l'un pour l'autre, ça se voit. Ne t'en fais pas, ça viendra tout seul. La rassurais-je en la prenant par l'épaule.
Il fallait que je l'aide, moi qui connais les Ferguson. Je ne pouvais pas la laisser dans sa morosité, mon aide ne serait pas de trop. Puis, c'était inévitable qu'ils soient ensemble. Tout deux se ressemblaient tellement ! Les mêmes cheveux noirs luisants, le teint très pâle, des yeux en noisettes, la même expression sur le visage, la douceur de leurs apparences cachant suffisamment leur fort caractère. Car oui, malgré son apparence Rock-Star, Matthew semblait être un garçon extrêmement compréhensif et doux. Exactement pareil que Lise.
- Si... Si nous allions voir Nancy ? Demanda Lise hésitante.
- Oui, oui. Allons-y.
Elle souriait de nouveau et me prenant pas le bras, nous allions directement voir Nancy, assise sur un banc près de la sortie du lycée. Celle-ci me toisa somptueusement. Je fus étonnée car je n'avais encore rien dit et ne comprenais pas pourquoi elle me regardait ainsi.
- Salut. Lança Nancy d'une voix rude.
- Salut, moi c'est Lila. Dis-je timidement.
- Ouai, je sais. Répliqua t elle aussitôt.
Ses cheveux courts au carré la rendait encore plus sérieuse et dure qu'elle ne l'est. Lise soupira.
- Ne peux donc pas oublier cette histoire stupide, Nancy ?
- Impossible d'oublier.
Je ne comprenais pas. Un sourire de tristesse se dessina sur le visage de Nancy.
- Je...J'ai fais quelque chose de mal ?
- Ce n'est pas toi, ne t'en fais pas. Nancy est... de mauvaise humeur, c'est tout.
Nous restions dans le silence pendant de longues minutes puis je décidais d'aller faire un tour le temps que les cours reprennent, laissant Nancy parler enfin avec Lise.
- A tout à l'heure, Lise.
- On se retrouve à la fin des cours ?
- Pas de soucis... Salut, Nancy.
Celle-ci ne m'adressa même pas un regard. Je partais donc vers un espace où personne ne pourrait m'ennuyer, cherchant un coin d'herbe vide à travers la cour immense. Je vagabondais et dépassais peu à peu les bâtiments du lycée. Finalement, je tombais sur un coin si éloigné que personne ne venait ici. Je m'écroulais dans l'herbe fraiche, on devait avoir oublié de tondre la pelouse ici car l'herbe me semblait plus haute que dans la cour, ce qui la rendait encore plus confortable et moelleuse. Je fermais les yeux. Il faisait bon, ni trop chaud, ni trop frais. Je sentis le sommeil m'importer de plus en plus mais les cours allaient reprendre, pas question de s'endormir. Un bruit d'herbe froissée résonna près de mon oreille. Je ne prenais pas la peine de regarder ce que c'était.
- Agréable, ici. Murmura une voix angélique à quelques centimètres de mon visage.
Je me redressais en sursaut, mes yeux s'ouvrirent et virent Sam allongé près de moi.
- Qu'est-ce que tu fais là ?! Vas-t'en. Criais-je à moitié tellement j'avais étais surprise.
- Tu sais, je ne viens pas d'Irlande. La fille hystérique a raconté n'importe quoi. Comme toi, d'ailleurs. Sauf que tu as eu raison, toi. Raison de famille. Et en réalité, je viens d'une ville qui s'appelle Leicester. Ce n'est pas très long de Birmingham. Tu connais ? S'exclama Sam tout joyeux.
- Tu n'as pas entendu ? Vas-t'en. Insistais-je en ignorant ce qu'il avait dit.
- Aussi, je n'ai jamais voulu venir à Londres. Je savais ce que ça impliquerai si nous habitions ici, et je ne me suis pas trompé. La vie se complique plus le temps passe, ici. Je voudrais bien repartir mais tu n'as pas vu ma mère quand elle est décidée... L'horreur. Continua t-il.
- Quand est-ce que vas comprendre que je ne t'apprécie pas ? L'interrogeais-je en évitant de croiser son regard de peur qu'il prenne mal la colère que je ressentais en sa présence.
- Malgré tout ça, ma mère a bien l'intention de rester. Et moi aussi. D'ailleurs, je suis content d'être là, à cet instant. Près de toi, Lila.
J'étais consternée, choquée par ce qu'il venait de dire. Pourquoi continuait-il à me dire des paroles ainsi ? Me draguer, à quoi bon ? Je n'étais pas particulièrement belle. Contrairement à Lise, Sally et Nancy.
- Ecoute, je ne t'aime pas particulièrement. Ton aspect prétentieux m'a déjà pas mal dégoutée, et tu continue à... me draguer ? Je ne comprends plus rien du tout. Soufflais-je d'une voix détendue.
- Tu appelle ça « Draguer », toi ? Non, je fais juste connaissance avec toi. Voyons, pour qui tu me prends ? Un garçon sans politesse ? Bien-sûr que non, enfin ! S'écria Sam vexé.
- Sam, ça ne change rien. Compris ? Tu n'es qu'un garçon prétentieux. Insistais-je en levant les yeux au ciel.
- Comment te montrer que je ne le suis pas, au fond ? Mmh, je vais y réfléchir.
- Comme tu voudras. Soupirais-je persuadée qu'il n'y arrivera jamais.
Je me levais, ramassant mon sac et commençais à rejoindre la cour.
- Puis-je porter ton sac ? Demanda t-il de sa voix si belle.
Qu'essayait-il de me prouver ? Sa modestie enfouie au fond de lui ? Ce n'était pas comme ça qu'il allait réussir à me convaincre mais puisses qu'il le proposait si gentiment, j'acceptais malgré moi.
- D'accord. Murmurais-je gênée.
Il se saisit automatiquement de mon sac, le rejetant sur son épaule. Je remarquais qu'il n'avait pas de sac, lui. Sans doute pour frimer, encore. Apparemment, il comprit ma pensée car il répliqua aussitôt.
- J'ai laissé toutes mes affaires à côté de la cour, mon sac est assez encombrant si je le trimballe partout comme toi. Dit-il gentiment de sa voix si calme.
- Je pensais que c'était pour frimer. Encore. Soupirais-je démasquée.
- Tu t'es trompée. Rigola t-il malgré son sérieux.
- Mmh, ce n'est pas terminé. Pour moi, tu es toujours trop prétentieux.
-...Je...Je me demandais...Hésitais-je.
- Oui ?
- ...Non, rien.
Il m'était impossible de lui demander mais la question me brûlait la langue. Tant pis, je devais me retenir. Je lui poserai plus tard.


La deuxième partie du premier chapitre est en dessous :) [Avant, les deux étaient collés.]

# Posté le samedi 28 mars 2009 19:21

Modifié le vendredi 08 mai 2009 17:12

Le Premier (suite).

Le Premier (suite).
- Dis, tu es bien tendue tout d'un coup ? J'espère que tu vas bien ? S'inquiéta Sam.
- Oui, oui ça va... C'est juste que... tu n'es peut-être pas si prétentieux, finalement. Mentis-je en changeant subitement de phrase.
- Je te l'ai dit. Pourquoi ne me croyais-tu pas ? J'ai l'air prétentieux ?
- Non, justement ! Mais dire que ta voix rend folle toutes les filles... C'est un peu exagéré.
Il fit une grimace et m'entraina par le bras vers les grilles du lycée. Une jeune femme passa.
- S'il te plait ! Nous avons besoin d'un avis ! L'interpella Sam de sa voix d'ange.
- Qu'est-ce que tu fais ? Lui murmurais-je à l'oreille.
- Je te montre que je ne mens pas. Me répondit-il aussi bas que possible.
La fille, habillée haute couture, des talons extrêmement hauts, s'approcha. Sa frange retombait juste au dessus de ses yeux verts.
- Oui ? Dit-elle ébahit.
- Bonjour. Tu pourrais me rendre un service ? Lui dit Sam de sa voix la plus séduisante.
La fille, bouche bée se rapprocha de Sam, le pressant contre elle. Ses yeux semblaient allumés d'une lueur que je n'avais jamais vue avant. Elle lui tenait les hanches, le regardant droit dans les yeux, elle répondit.
- Tout ce que vous voudrez ! S'exclama t elle impuissante sous les paroles de Sam.
- Je voudrais que tu me dises ce que tu penses, en ce moment. Susurra Sam à son oreille.
- Je vous aime ! Cria la jeune femme en déployant ses bras vers le ciel.
- Merci, c'est tout ce que je voulais savoir, Adieu. Lança Sam en essayant de rentrer à l'intérieur du lycée.
- Ne me laissez pas ! J'ai besoin de vous ! Ne partez pas... Hurla t elle en tombant à genoux.
Sam ne se retourna pas, baissant les yeux vers le sol.
- Ne t'en fais, on se reverra. A bientôt. Chuchota t-il en continuant à marcher.
Je n'en revenais pas. La réaction de cette femme, l'attitude si calme de Sam, la voix qui avait suffit à rendre totalement folle cette jeune femme, à la rendre folle de lui, folle de Sam. Il avait raison, je m'étais trompée.
- Convaincue ? Me dit-il une fois que nous étions assez loin pour que la femme n'entende pas.
- Que...Comment as-tu fais ? Cette femme semblait... Dingue. Répondis-je choquée.
- Je n'ai rien fais de spécial, c'est juste ma voix qui a provoqué tout ça. Dis t-il timidement.
- Mais elle avait l'air de t'aimer depuis toujours ! Tu ne l'as connaissais pas ?
- Non, jamais vu.
Ses yeux s'étaient remplis de tristesse. Je ne comprenais plus rien. Pourquoi je n'étais folle de lui moi aussi ? Moi, qui suis en train de lui parler, seulement à quelques centimètres de lui ?
- Tu... Tu ne pleures pas, quand même ? Chuchotais-je tout bas.
- Non, ce n'est pas ça. C'est juste que ça me fais mal, pour cette femme. J'aime ça, c'est vrai. Séduire Toutes les Femmes. De la petite fille de quatre ans à la femme dans le tombeau. En dessous de quatre ans, les petites filles sont seulement heureuses quand je suis là. Les autres sont amoureuses, ce n'est pas tout à fait pareil. Mais tu vois, cela, a ses bons et ses mauvais côtés... Avoir toutes les femmes du monde, pour le bon. Faire souffrir toutes les femmes du monde, pour le mauvais. Tu ne t'imagine pas le nombre de c½ur que j'ai brisé, le nombre de dépressives qui ont souffert à cause de moi et de ma voix si captivante.
Il se prit la tête entre les mains. Son visage s'emplissait de haine, de chagrin. Il s'en voulait, il était rempli de regret. Mais un sourire se dessina sur son visage.
- Toi, tu es l'une des rares filles qui n'est pas amoureuse de ma voix. Je ne dis pas que tu es la seule, il y en a beaucoup plus que je le pense, mais c'est assez rare d'en croiser. Plaisanta Sam, en dévoilant un de ses si beaux sourires.
Tout se bousculait dans ma tête, je ne savais qu'une seule chose clairement. La voix de Sam était exceptionnelle.
- J'ai une question débile... Est-ce que ta voix a un rapport avec la couleur de tes yeux ? Non, mais c'est parce qu'ils sont...
- Ils sont ?
- Surnaturels.
Il se mit à rire, d'un rire nerveux.
- Mes yeux sont tout à fait normaux ! S'exclama t-il offensé.
- Euh, non... Ils sont roses, ce n'est pas normal ça.
- Roses ? Ah, non. Riposta Sam en se tournant vers moi.
- Ah, si ! Tu me traites de menteuse ?! Viens là ! M'écriais-je en le rabaissant à ma hauteur afin de voir clairement ses yeux.
Ils étaient à demi-fermés, sa pupille noir était du coup plus imposante. Malgré cela, je discernais tout de même un fin anneau couleur quartz rose autour de ses pupilles. C'était tout à fait surprenant, tellement intriguant !
- Je vois du rose, là, juste là ! M'exclamais-je en pointant mon doigt à quelques centimètres de son ½il.
- Mouais...
- Tu veux une preuve ? J'ai mon portable dans la poche, il fait appareil photo !
- Non, non ! C'est bon, j'avoue. Ce n'est pas normal. Mais, c'est de famille !
J'eu un flash tellement puissant que je me trouvais bête de ne pas l'avoir compris avant, Sam faisait partit de la famille de l'homme que j'avais vu le matin même ! Quelle idiote !
- Mais ! Mais... Tu es de la famille de ... Oh, pas possible !
- Hein, tu connais quelqu'un de ma famille ?!
- Euh, Non. Disons que j'ai vu un homme avec les mêmes yeux que toi. Ses yeux roses, on ne les oublie pas !
- Oh... Il avait les cheveux très longs ?
- Oui.
- C'est mon père.
- Ton père?! Tu rigoles, il avait à peine vingt ans !
- Il en a trente-sept, en vérité.
-...Vrai ?
- Oui, vrai de vrai.
- Waouh.
Il s'arrêta. Cela l'ennuyait que l'on parle de sa famille, c'était clair et net. Cette fois, ce fut moi qui le pris par le bras.
- Allez, laisse tomber. Viens, on va être en retard en cours. Dis-je tout bas.
- D'accord. Lila, dans moins de deux minutes, je vais retourner dans un silence complet. Ne m'en veux pas.
- Ne t'inquiète pas, j'essaie de comprendre. Mais ça ne m'empêche pas de croire que tu es prétentieux, hein !
- Comme tu voudras ! En attendant, je dois aller chercher mon sac. Tu viens avec moi ? Rigola t-il.
- Oui, bien-sûr.
- Allez, je dois me taire. Murmura t-il en agrippant mon bras plus férocement.
Je me mis à sourire, c'était plutôt amusant d'avoir un copain « muet ». Nous partîmes chercher son sac posé près d'un arbre. Il se releva et me lança un regard inquiet, je compris que Lise arrivait.
- Eh, Lila ! Oh...Salut, Sam. S'écria Lise en courant vers nous.
Ce dernier hocha la tête en retour. Son regard était redevenu aussi doux qu'avant.
- Oui, Lise ? Tu voulais me parler ? Répondis-je en lâchant le bras de Sam.
- Non, non...C'était seulement pour savoir si tu comptais venir avec nous après les cours ?
- Eh bien, pourquoi pas ? Acceptais-je en jetant quelques coups d'½il à Sam qui se tortillait de plus en plus.
- Super ! Alors à tout à l'heure ! S'exclama t elle en s'éloignant vers Sally et Leonard.
- Bon, allons-y. Je ne veux pas être en retard. Murmurais-je à Sam tandis que celui-ci reprenais mon bras.
Ses yeux m'évitaient, maintenant qu'il savait que le rose de ses yeux m'impressionnait. Mais ils m'étaient de plus en plus indispensables. Quartz rose éblouissant, quartz rose hypnotisant.
Nous gravîmes les marches, bras dessus dessous. J'étais gênée de voir tous les regards des filles, jalouses. C'était ça, des regards noirs de jalousie. J'avais envie de leur crier : « Allez-y ! Prenez-le ! Je n'en veux pas moi ! ». Mais ma gorge était nouée, comme celle de Sam.
La cloche sonna et nous entrions dans la salle d'histoire. La prof n'était pas encore arrivée, comme d'habitude. Mrs. Clifton était la plus jeune des professeurs du lycée et à vrai dire, la plus maladroite aussi. Elle arrivait toujours en retard car son bus « passait trop en avance »
... Mais, oui, c'est ça ! Avoue que t'es en retard parce que tu n'as pas vu l'heure. Bref, je m'étais déjà détachée de Sam avant d'avoir franchi la porte. D'autres regards noirs ne m'attiraient pas tellement. Comme je l'avais prévue, son groupe d'admiratrice l'encerclait déjà et lui, semblait amusé mais fatigué. Sûrement lassé d'être toujours harceler. Ah ! bien fait, Prétentieux ! Parmi sa bande de groupie, certaines faisaient preuve de plus de courage que d'autres. Elles essayaient au moins de parler avec Sam mais dès qu'elles ouvraient la bouche, il leur tournait le dos ou leur montrait clairement que quoi qu'elles disent, jamais il ne sera intéressé. Il s'y connaissait le petit Sam ! Eviter les filles, il était doué, ça se voyait. Pendant ce temps là, je m'installais à ma chaise habituelle. Sam, lui, toujours embêté par ses fans, cherchait un moyen de s'asseoir près de moi. Mais, avec toutes ces filles autour de lui, impossible de faire plus de deux pas sans que l'une d'elles se mettent en travers de son chemin. Comique, je vous le dis ! Alors, il soupira et écarta quelques filles qui poussèrent un petit cri du genre « IL M'A TOUCHE LE BRAS ! ». Sam s'affala sur la table à côté de moi, un sourire fendit son visage quand il vit que j'étais morte de rire devant le spectacle qui venait de se produire. Je baissais la tête. L'envie de lui parler m'avait chatouillé la bouche et seul moyen pour éviter le drame : Ne plus le regarder. Je restais dans cette position pendant de longues minutes puis Mrs. Clifton arriva enfin, essoufflée comme je l'avais prévue.
- Excusez...Mo..Mon...Retard ! Lança-t-elle en entrant dans la classe au bord de la crise de nerf.
Ses cheveux formaient une auréole tout autour de sa tête, tellement le vent avait fouetté sa belle chevelure devenue comme un balai de paille. Sam pouffa en voyant la prof retomber sur sa chaise comme un zombie. Elle mit un certain temps à reprendre son souffle puis respira un bon coup avant de commencer son cours. L'histoire était le cours le plus ennuyant qui puisse exister. Tout ça parce que je savais déjà ce qu'elle racontait. Oui, j'étais absolument la meilleure en histoire. La meilleure du lycée sans doute. Mais je ne le montrais pas, j'avais lu des tas de livres sur l'histoire. Et j'en lisais encore et encore. L'histoire n'avait aucun secret pour moi alors la plupart du temps, l'heure d'histoire était un cours réservé à la somnolence. Ou lorsque j'étais trop réveillée, réservé aux remarques pertinentes qui pourraient éveiller un brin de curiosité. Ce qui était assez rare tout de même. Toute fois, aujourd'hui, c'était différent. Il y avait Sam. Il me tendit une feuille et je déchiffrais une écrire de fille.

Tu t'ennuie tant que ça ?

J'examinais longuement l'écriture puis en conclut que Sam écrivait vraiment comme une fille, manquait plus que les ronds sur les « i » ! J'étouffais un rire. Puis répondais à l'écriture de fillette.

Disons que je connais déjà ce qu'elle nous enseigne.
Qui est la prétentieuse, maintenant ?
Ça reste toi !
Mais, oui, c'est ça ! C'est ça ! Tu sais que ça commence vraiment à m'énerver cette histoire ?
Faut bien se l'avouer, c'est tout.
J'y arriverai un jour, je te ferai admettre que je NE suis pas prétentieux.
Un jour, un jour lointain !

Je m'étalais sur ma table tandis que Mrs. Clifton continuait de blablater de je ne sais quoi.
Mes yeux se fermèrent doucement et pendant un instant, le sommeil m'emporta complètement. J'entraperçue une prairie verdoyante, des fleurs parmes, un vent chaud soufflait violemment dans mes cheveux, les faisant voler tout autour de mon visage. Un bruit de papier froissé me fit émerger de mes rêveries. Je relevais difficilement la tête, mes yeux croisèrent ceux de Sam et un frisson me parcourra le dos quand je me plongeais quelques instants dans ce rose terrifiant.

Tu dors à tous les cours ou c'est seulement en histoire ?
Seulement en Histoire.
Dit donc, ton sommeil est lourd ! La prof parle tellement fort que j'ai du mal à me concentré.
Concentré ? Concentré sur... ?
Sur toi évidemment ! Les filles qui n'aiment pas ma voix me fascinent ! Et elles ont toutes quelque chose en commun. C'est ça que j'essaie de trouver, ton truc en commun.
T'es vraiment trop bizarre.
Merci, on me l'a déjà dit :)

J'essayais de me rendormir, mais cette fois ce fut plus dur. Mrs. Clifton parlait tellement fort maintenant que Sam me l'avait fait remarquer. Quel imbécile ! Je ne pouvais plus dormir ! J'en profitais alors pour me passer les paroles d'une musique japonaise, une que j'avais déjà écoutée des tas de fois. Je comptais ensuite jusqu'à dix mille puis replongeais ma tête dans mes bras. La sonnerie retentit enfin après que mes yeux aient clignés deux cents quatre-vingt-six fois. Sam sortit le premier de la salle, comme une fusée. Puis ses groupies lui coururent après et je fus la dernière à sortir. Encore. Je baillais en sortant de la salle. Personne ne m'attendait dans le couloir. Bon, et bien, j'irai seule jusqu'en sport. Une fois dans les vestiaires, je flanquais mon sac à l'autre bout de la pièce. Mon jogging dans une main et un tee-shirt dans l'autre, je me changeais. Dans les vestiaires, il y avait deux groupes de filles. Les fans de Sam et les anti-Sam. Celles qui ne font ni partie de l'un ni partie de l'autre, sont des « neutres ». C'est-à-dire, une fille à lunettes vertes fluo, une autre avec des cheveux roux, une brune aux yeux bleus et moi. Aujourd'hui, nous faisions du volley. Je haie le volley, ça tombe bien ! J'entrais dans le gymnase. Sam était assis sur le sol, entouré non pas de fille mais de garçon. Et pas n'importe qui ! Matthew, Gary, Pablo (le meilleur ami de Matthew) et un autre garçon dont le nom m'échappait, l'entouraient. Lorsque je passais près de lui, il ne leva même pas la tête. M'ignorait-il ? Pff, c'est bien du Sam prétentieux ça ! Il m'avait suivit tout le temps ce midi et voilà qu'il m'ignorait ! Qu'il ne compte pas que je vienne le voir ! Les premières parties se jouèrent fille contre fille et garçon contre garçon. Ça m'arrangeais, être dans la même équipe qu'un traitre, c'était trop me demandé.
- On change ! Equipe Mixte, de 4 ! Hurla le professeur de sport dont j'ignorais le nom.
Mince ! J'allais être avec Sam, c'était certain. Vite, un partenaire !
- Euh, Maria ? Tu veux te mettre avec moi ?
- Oui, si tu veux. Mais Stephan vient aussi ?
- Parfait ! Il nous reste plus qu'à trouver un garçon ! M'écriais-je quand je vis Sam se tourner vers moi.
- Chris à l'air de chercher une équipe. Chuchota Stephan à Maria.
- CHRIS ! Hurlais-je paniquée en voyant Sam se rapprochant de plus en plus vers moi.
Chris fut dans notre équipe la seconde d'après. Le premier match entre notre équipe et celle de la leader des fans de Sam fut très facile. Malgré mon handicap de détester le volley, nous les avons terrassés sans grand effort. Puis vint le deuxième match, l'équipe de Sam. Je soupirais, ma colère ne s'était pas atténuée. Je laissais la balle à Maria. Sam me lançait ses éternels sourires si merveilleux mais bizarrement, ils n'avaient aucun effet.
- Tu m'ignores maintenant ?! Criais-je à Sam.
Ce dernier éclata de rire. Ma colère augmenta d'autant plus. La partie commença, je tentais de me calmer mais lorsque Sam éclata de nouveau de rire en marquant le premier point, je ne pus me contrôler. Et c'est d'une force surhumaine que j'envoyais la balle si violemment dans la tête de Sam qu'il tomba brutalement sur le sol. Son rire avait cessé, à la place, le mien le remplaçait bruyamment. Matthew mêla son rire au mien. Un silence s'était installé et nous étions les seuls à le briser. Au bout d'une minute, mon fou rire se calma et ma colère avait disparue. Matthew me souriait, d'un sourire que je n'avais jamais vu. D'ailleurs, je crois que je ne l'avais jamais vu rire avant. Sam se releva lentement, je remarquais que sa lèvre inférieure était plus gonflée que tout à l'heure. Il me regarda longuement avant de me tourner le dos et reprendre la partie en donnant un coup dans l'épaule de Matthew. Ce dernier rigola de plus bel.
- Tu t'en remettras, Samounet ! Plaisanta Matthew en lui rendant son coup.
Cette fois, Sam ne lésina pas sur la puissance de ses lancés. La balle traversait l'air si vite qu'on la voyait à peine passer. Elle volait au-dessus de nos têtes et marquait toujours le point.
- Samounet, laisse-nous jouer un peu ! Lança Matthew en reprenant la balle des mains de Sam au bout d'un certain temps.
Sam était en colère, d'une colère violente. Il passa sa main dans ses cheveux, le regard noir que j'attendais se posa enfin sur moi. Mais étrangement, il ne me fit pas l'effet que j'avais prévu. Au lieu de me faire culpabiliser, j'aimais vraiment ça. Ce regard noir de colère qui émanait des yeux les plus sublimes du monde. Je le trouvais encore plus apaisant que jamais. C'est comme si sa voix était ressortie par ses yeux, une expression magnifique, si lumineuse. Mes jambes vacillèrent sous moi, je perdais contrôle de la situation. Il m'avait à sa merci. A cet instant, seul lui était mon but. Je ne pus m'empêcher de basculer sur le sol, aucuns muscles de mes jambes n'acceptaient de bouger. Je m'écroulais à terre, ma tête cogna contre le parquet. J'entendis quelqu'un crier et Sam se précipité sur moi. Mes yeux se fermèrent comme par reflexe, sauf que je n'arrivais pas à les rouvrir.
- Ne t'évanouie pas. Pas maintenant... Murmura Sam près de mon oreille, assez bas pour que personne ne l'entende parler.
Sa main effleura mon bras glacé. Même à demi-inconsciente, un frisson m'envahit. Un frisson de chaleur. Il ne fallait pas que je m'évanouisse ici, devant tout le monde. Je forçais mon esprit à rester éveiller. Mes yeux s'ouvrirent lentement. Sam était à mes côtés, m'entourant de ses bras tandis que Matthew, Maria, Chris et Pablo nous regardaient ébahis. J'essayais de me relever mais Sam le fit pour moi. Le professeur arriva à cet instant, poussant tous mes amis loin de moi. Tous sauf Sam que personne n'osait toucher, bien-sûr.
- Euh...Mademoiselle, comment vous sentez-vous ? Demanda le professeur en me fixant droit dans les yeux.
- Bien. Répondis-je aussitôt.
On ne pouvait qu'être bien dans les bras de Sam. C'était comme être protégé de tout danger, toute guerre, tout désastre. Sam releva les yeux vers le Professeur de sport.
- Qu'est-ce qui s'est passé ? Interrogea t-il Sam.
- Mmh, je suis tombée. Et ma tête a cognée contre le sol, c'est tout. Mais ça va. Continuais-je en sauvant une fois de plus Sam d'être démasqué.
- Tu veux aller à l'infirmerie ? C'est peut-être un peu plus important que tu le penses.
- Euh... Oui, mais est-ce qu'il peut m'accompagner ? Dis-je en évitant de croiser les yeux du concerné.
- Oui, allez-y. Accepta le prof en se forçant d'être autoritaire.
Sam me releva et me porta par les épaules. Je n'étais pas si mal au point de ne pas pouvoir marcher, tout de même ! Il m'emmena jusqu'au niveau des vestiaires, là où personne ne pouvait nous entendre.
- Je suis désolé. Chuchota Sam en relâchant sa prise autour de mes épaules.
- Non, c'est moi. Je n'aurais pas du te balancer la balle en plein dans la figure. Rétorquais-je décidée à me faire culpabiliser.
- Je ne parlais pas de ça. Désolé d'avoir croisé ton regard. J'étais énervé, je ne savais pas que c'était à ce point.
- De quoi tu parles ?
- C'est un autre des trucs étranges. Ma voix ne t'intéresse pas certes, mais mes yeux te font mal. Toutes les filles comme toi ont se problème là, aussi.
- Je...Je ne te suis plus, là.
Il s'assit par terre, je fis de même.
- Les filles qui n'aiment pas forcément ma voix peuvent être... Touchées quand même. Il suffit que je sois en colère et que mes yeux croisent les leurs et... elles souffrent intérieurement. Toi, tu es tombée dans les pommes. C'est une autre forme de souffrance, une souffrance d'inconscience. Un jour, j'ai croisé une fille dans un magasin. J'étais tellement énervé que lorsque j'ai croisé son regard, elle s'est mise à pleurer. A pleurer comme si on lui avait arraché le c½ur, comme si le monde s'écroulait. Aussi, quand j'étais enfant, je poursuivais mon stupide de frère dans la rue et une femme s'est mise à hurler quand je l'ai regardé. Là aussi, c'était encore différent. Tu me comprends ? M'expliqua t-il aussi lentement que possible.
- Tu veux dire que si je me suis évanouie, c'était à cause de toi ?
- Oui.
- Espèce de nul, va ! Rigolais-je en lui donnant une claque sur sa nuque.
- Désolé...
- Oh, ne t'en fais pas ! Ce n'est pas si grave, je vais m'en remettre ! En plus, on évite le volley comme ça.
Il me fit l'un des sourires qui me plaisait tant. Je lui retournais gentiment.
- On reste là ? Me demanda t-il en me tendant sa main pour que je me relève.
- Oui. Répondis-je tandis qu'il rabaissait son bras.
Ses cheveux blonds platine semblaient plus blancs que tout à l'heure. C'est vrai, il était beau mais d'une beauté hors du commun. Le genre de type que l'on voit seulement dans les dessins animés ou les mangas. Ceux qui sont irréels et magnifiques.
- Au fait, je ne t'ai pas ignoré tout à l'heure. Chuchota t-il en se penchant vers moi.
- Mais oui, bien-sûr ! Me moquais-je en m'écartant de lui.
- Je te le jure ! J'ai seulement fais connaissance avec Matt et Pablo. Ils sont sympas d'ailleurs.
- Tu ne peux même pas parler, ça ne sert à rien ! Répliquais-je vexée.
- Ma voix n'ensorcelle que les filles ! Et eux, aux dernières nouvelles, ce ne sont pas des filles. En tout cas, ils n'en n'ont pas l'air. Plaisanta Sam en faisant mine de réfléchir.
- Tu aurais du me le dire que ça ne marchait qu'avec les filles !
- Au fait, Matthew t'aime bien. Dis t-il en ignorant ma réponse.
- Super. Insistais-je ironiquement.
Je repensais à Lise, je pouvais l'aider. C'était clair et net. J'avais besoin de respirer, assis dans le couloir des vestiaires, nous manquions d'air. Je me levais, suivie de Sam. Ses yeux semblaient si distraient, si ailleurs...
- J'avais besoin d'air. Chuchotais-je à Sam tandis que celui-ci semblait déconnecté du monde.
Il se stoppa, son regard repris peu à peu sa gaieté habituelle puis il emboita mon bras avec douceur et m'ouvrit la porte quand nous sommes sortis. Je prenais une gorgée d'air frais, le peu de vent qu'il y avait faisait virevolter ses cheveux à un rythme régulier et apaisant. Nous fîmes quelques pas en silence puis un coin de verdure m'incita à m'asseoir sur l'herbe. De nouveau, Sam m'imita. Ma tête rentra volontairement en contact avec le sol. Je m'allongeais et observais le ciel. Les nuages passaient si vite, je me laissais bercer par leur mouvement rapide mais pourtant d'une légèreté qui me fit m'évader pendant plusieurs minutes. Mes bras me brulaient et pourtant mes mains étaient glacées, comme toujours. Mes doigts effleuraient l'herbe en prenant soin de la caresser légèrement. J'adorais sentir de la verdure sous mes doigts. Cette fraicheur, cette sensation si familière me plaisait toujours autant. Une chanson s'installa dans ma tête, une chanson qui ne plaisait pas. Mais, elle ne voulait pas déserter mon esprit. J'avais même envie de la fredonner mais je me retenais tout de même. Une chanson de Ne-Yo. « Mad » plus exactement. Je détestais cette chanson, elle gâchait totalement le moment que j'étais en train de vivre. La communion entre le sol et moi.
« For Nothing...Nothing. Nothing. But we don't let it go, for nothing....Nothing, nothing. »
En fait, je crois que cette chanson s'était installée dans ma tête pour une raison évidente. « Nothing », c'était ce dont ma tête était remplie. Et bien évidemment aussi, elle ne cessait de tourner en boucle. Surtout le refrain. Un « Rien » à la limite suppliant me rabâchant un message insensé. Soudain la musique s'arrêta et mon esprit reprit son calme qui l'avait déserté peu de temps auparavant. Le silence s'était instaurer depuis tellement longtemps à présent, que je n'arrivais pas à le briser. Cette barrière imaginaire me posait de vrais problèmes, maintenant. Mes lèvres s'entrouvrirent enfin mais aucun mot n'en sortit. Je soupirais, lâche comme je suis. Sam s'était allongé, lui aussi, mais d'une façon différente. Il avait les genoux repliés, son sourire n'avait pas disparu. Il était la seule personne à garder le sourire en permanence, mais j'aimais ça. Il me suffisait de lui jeter un coup d'½il et je me mettais à sourire aussi. Etrangement, nous nous connaissions seulement depuis une journée et pourtant je ressentais comme une dépendance. Et je savais que notre amitié allait durer. Je connaissais déjà ses cheveux blonds platine, ses yeux quartz rose, sa peau toute lisse, son sourire si apaisant... Tout devenait familier, même au bout d'une journée. Cela m'étonna, m'attacher à quelqu'un si facilement ? Non, ça ne m'était jamais arrivé. A vrai dire, partager un lourd secret avec quelqu'un, c'est bien la première fois. Finalement, j'étais heureuse de le connaître. C'est vrai, il est spécial et prétentieux mais tellement attachant. Je ne devrais pas dire ça, l'affectif, ce n'est pas mon truc. Je retentais de dire au moins une phrase pour me sortir un peu de ce cercle du silence. Et cette fois, j'y arrivais au bout du second essai.
- Au fait, tu as quel âge ? Murmurais-je tellement ma voix avait du mal à se réanimer
J'avais essayé de trouver une autre phrase pour rompre le silence mais je ne trouvais pas alors même si je me fichais totalement de son âge, c'était une question comme une autre pour supprimé un peu le silence.
- Le même âge que toi. Répondit-il naturellement en ne détournant même pas les yeux.
Question stupide, réponse stupide. Le silence reprit sa place entre nous. Cette fois, ce fut lui qui brisa cette chaine idiote du silence continue.
- Lila, tu as un grand frère ? Ou même une s½ur ? Me questionna Sam qui avait lui, une voix parfaitement équilibrée et qui ne déraillait pas lorsqu'il ne parlait pas pendant un bout de temps.
- Un petit frère, exactement. Il a cinq ans et demi et il est... on va dire qu'il ne me ressemble pas. C'est comme une sorte d'opposé, mais on se complète. C'est un peu ça, je crois. Articulais-je, la bouche encore engourdie par le silence.
- Comment s'appelle t-il ? Me demanda Sam de sa voix angélique.
- Tommy. Répondis-je simplement.
- J'aimerais bien le voir, voir s'il te ressemble. Ça serait marrant ! Pour une fois que je peux m'amuser, autant en profiter. Pas vrai ?
- Mmh, je ne pense pas que ça soit une bonne idée. A vrai dire... Je n'ai jamais ramené de garçon chez moi. Et ma mère...va me mettre la pression, si tu comprends ce que je veux dire ? Chuchotais-je gênée d'aborder un sujet si risqué.
- Ta mère ne m'aimera pas ? Dit-il amuser.
- Ce n'est pas ça ! C'est juste... Qu'elle va vouloir que tu reviennes, encore et encore. Plus je serais avec toi, plus elle sera contente.
- Je ne vois pas quel est le problème ! Rigola Sam enthousiasme à l'idée de débarquer tous les jours chez moi.
- Tu ne comprends pas ? Bon... Eh, bien dans ce cas, je ne peux pas t'expliquer plus. Tu verras par toi-même. Me résignais-je en espérant qu'il change tout de suite d'avis.
- Bientôt ?
- Comme tu voudras. Soupirais-je désespérée.
J'avais soudain une vision horrible de l'avenir. Ma mère forçant Sam à rester dormir à la maison, puis à lui donner son petit déjeuner, puis le lendemain recommencer jusqu'à ce que j'aie dix-huit ans et que je me marie avec lui. Oui, ma mère voulait me caser avec n'importe qui ! Et oui, je sais, pauvre de moi. Mais le pire, c'est qu'elle serait capable de le faire. C'est ça le plus effrayant. J'essaie de me concentré sur quelque chose d'inutile afin d'oublier deux instants ma mère et ses idées tordues.
- Tu m'as déjà parlé de tes frères et s½urs ? Demandais-je sans attendre une réponse particulière.
- Oui, sans doute. Répliqua Sam aussitôt.
- Et ... ?
- J'ai un frère et une s½ur. Et je suis le plus jeune, ce qui m'énerve souvent, d'ailleurs. Ma s½ur vient d'avoir ses vingt ans et mon frère va sur ses dix-huit ans.
- Ils te ressemblent ? L'interrogeais-je de plus en plus curieuse.
- Ma s½ur, oui. Mon frère, pas du tout.
- Pas du tout ? M'exclamais-je surprise.
- Il est différent. Totalement différent.
- Oh. Répondis-je comme si j'avais vu dans ses pensées le visage de son grand frère.
En réalité, je me posais des tas de questions. Sa s½ur avait-elle les mêmes yeux roses que son magnifique petit frère ? Ses cheveux étaient-ils comme Sam, d'une blondeur stupéfiante ? Et son frère ? Différent, en quoi ? Je me retenais de formuler toutes ces questions seulement dans ma tête mais une m'échappa.
- Je les verrais un jour ?
Il parût si surpris qu'il mit quelques minutes à comprendre ma question. Au bon d'un long moment, il se ressaisit et il se redressa pour s'asseoir en tailleur.
- Mmh... Si tu y tiens tant, c'est d'accord. Mais à une condition.
- Je t'écoute.
- Je vois d'abord ton frère.
-...Pff, c'est ok.
Il me lança son éternel sourire ravageur et replongea lentement sur le sol. J'étais toujours allongée à quelques centimètres de lui. J'avais l'impression d'être rester là pendant des heures quand Sam se redressa et me tendit sa main.
- Les cours vont finir dans une minute. Il faut qu'on remonte vers le gymnase, je ne veux pas t'attirer des ennuis. Me lança t-il tandis que j'acceptais qu'il me relève.
- Merci, c'est gentil. Répondis-je en m'éloignant un peu de lui.
Il partit vers le gymnase, je le suivais de près. Je savais que dans quelques instants il retrouverait le silence, j'apercevais déjà des élèves qui rentraient dans les vestiaires.
- A demain, Lila. Murmura Sam en continuant à marcher sans me prêter une quelconque attention particulière.
J'avais compris que c'était sa dernière parole de la journée. Il se tourna vers moi en souriant puis partit d'un pas gracieux vers la cour. Moi, je restais là, plantée devant les vestiaires des filles. Nous étions Vendredi ? L'avait-il oublié ? Je ne le verrais seulement Lundi. Peu importe, je récupérais mon sac et filais voir le professeur de sport pour lui confirmer que j'allais bien. Il s'en moquait de toute façon, à peine étais-je arrivée devant lui qu'il s'en fichait déjà. Alors je remontais vers la sortie, Lise m'attendait avec Sally et Leonard. Sally s'était installée près de Leonard, qui lui, était accoudé à la rambarde. Lise, elle, se tenait un peu à l'écart et lorsqu'elle vu que j'arrivais, elle se mit à me faire de grand signe, preuve de sa bonne humeur retrouvée. Cette fille était tellement lunatique, que ça en devenait limité inquiétant.
- Lilaaaaa ! Tu es enfin là, je m'ennuyais avec Leonard et Sally qui sont toujours en train de parler dans leur coin ! Cria Lise tandis j'arrivais à sa hauteur.
- Désolé, j'ai mis du temps. J'étais... Euh, où vas t-on au fait ? Demandais-je en évitant de dire que j'étais en réalité en retard à cause de Sam.
- Sally a eu l'idée d'aller essayer des robes, dans un mois c'est le bal d'hiver !
- Je ne vais qu'au bal de fin d'année. Les bals d'hiver... c'est tout les ans. A force, on s'en lasse, tu ne trouves pas ? Me défendais-je en imaginant un autre stupide bal d'hiver.
- Disons que... Sally a décidé de ne pas y aller non plus mais elle veut que je me trouve une robe pour... Ne te moque pas, Lila. Promis ?
- Non, promis !
- Une robe pour plaire... à Matthew. Chuchota Lise, gênée rien qu'en prononçant ce prénom.
- Oh, c'est pour ça ? C'est rien, je comprends... Allons vite te trouver une robe !
Ma réponse parût lui plaire car elle m'agrippa le bras et me tira jusqu'à la sortie du lycée presque en chantonnant. Sally et Leonard marchaient juste derrière nous, main dans la main. Qu'ils allaient bien ensemble, eux deux ! Ils se complétaient totalement ; Sally, l'excentrique et extravertie et Leonard, le timide et discret. Je me demandais si un jour, j'allais trouver quelqu'un avec qui je sois aussi assortie qu'eux. Nous arrivâmes devant l'arrêt de bus, je ne posais pas mon sac par terre car un car arriva aussitôt. Je ressortis une fois de plus ma précieuse carte de ma poche et allait m'asseoir à côté de Lise.
- Au fait, Matthew fais sport avec moi. Tu le savais ? Murmurais-je tandis que nous traversions la ville à toute vitesse.
- Evidemment. Je l'ai vu aller vers le gymnase en même temps que toi. Répondit-elle en rigolant.
- Ah, et il joue bien au volley ! Plaisantais-je à mon tour même si sa façon de jouer ne m'avait pas particulièrement préoccupée.
Elle esquissa un sourire et me tendit mon sac qui était coincé entre nos sièges. Le bus s'arrêta devant un centre commercial, assez grand je dois l'admettre. Nous descendions à cet arrêt. Je prenais soin de ne pas tomber sur les quelques escaliers (car oui, c'est super dangereux les deux dernières marches d'un bus...J'ai déjà essayé, ça fait très mal) et suivais de près Lise qui était déjà rentrée à l'intérieur. Les magasins étaient situés à l'étage tandis que tous les restaurants étaient au rez-de-chaussée. Nous prenions directement les escalators, des tas de gens étaient assis autour de table vide ou seulement occupée parfois par un café. C'est vrai qu'à quinze heures de l'après-midi, c'est un peu tard pour manger quoi que ce soit.
- Leonard, Tu veux nous accompagner ? Je suis certaine que tu préfères aller à la librairie d'à côté, non ? Roucoula Sally en s'agrippant un peu plus à son bras.
Leonard lui souriait, il hocha la tête et frôla la magnifique chevelure de Sally avant de s'en aller vers la librairie.
- Tu l'éloigne ? Demandais-je naturellement.
- Oui et non. Je sais qu'il aime être au calme et les boutiques, ce n'est pas tellement pour lui. Pas vrai Lise ? Répondit Sally en cherchant un papier dans son sac qui apparemment était très léger comparé au mien.
- Leonard ne supporte pas être encerclés par des gens. C'est comme une sorte de claustrophobie, chez lui. Bon, et si on commençait ? Renchérit Lise.
Nous partions donc en expédition, traversant les magasins à une vitesse stupéfiante, faisant claquer les billets en un temps record. Lise avait déjà essayé des tas de robes, blanches, bleu, noir, longues, courtes, à franges, lisses, flottantes... Des milliers, même. Mais aucune ne lui plaisait, bien qu'elles soient toutes sublimes. J'avais été forcé à essayer une tunique bleu délavé et d'après Sally, elle m'allait tellement bien que soit je l'achetais soit c'était elle qui le faisait. J'ai préféré la prendre plutôt que de faire dépenser Sally dans une banale tunique. C'est donc au bout d'une autre centaine de magasin que Lise dénicha enfin la robe parfaite. Elle était simple et magnifique, d'un rouge éclatant avec de fines bretelles ornées de paillettes argentées. Le bas de la robe était déchiré volontairement, ce qui donnait un aspect un peu hors du commun à ce joli rouge. De plus, les longs cheveux noirs de Lise étaient tout à fait assortis à la robe, classe et voyant, elle était parfaite.
- Celle-là, c'est la bonne ! M'exclamais-je ravie d'avoir enfin terminée la torture des essayages.
- Tout à fait d'accord avec Lila. Insista Sally qui s'était installée sur un des canapés situés devant les cabines.
Lise fit un tour sur elle-même et accepta de la prendre. J'étais épuisée, il était tard lorsque nous reprîmes le bus. Vers dix-huit heures trente, j'étais enfin chez moi. Je m'écroulais sur le canapé en balançant mon sac le plus loin possible.
- Tu as passé une bonne journée ? Me demanda ma mère en rentrant dans le salon.
- Oui, très. Je suis juste fatiguée, j'ai été accompagnée des amies acheter une robe. Elles m'ont d'ailleurs forcée à m'en acheter une aussi. Enfin, un truc bizarre. Dis-je en pointant du doigt le sac où se trouvait la tunique bleue.
- Ah, tu n'étais pas au parc ? Ou à la bibliothèque ? C'est plutôt rare... Tu as découvert qu'il existe des gens qui sont sociables ? Plaisanta ma mère.
Elle était persuadée que j'étais une personne totalement associable, que je ne me mêlais jamais aux autres et que je préférais être seule. Ce qui était vrai, d'ailleurs.
- J'ai une amie qui s'appelle Lise, une autre Sally et aussi... Sam, un garçon qui vient d'arriver aujourd'hui.
J'avais trébuché sur le nom de Sam et m'a mère s'en était toute de suite rendue compte. Malheureusement.
- Sam ? Joli prénom, comment est-il ? Il est gentil, j'espère ?
- Il est blond et très gentil.
- Blond ?...Intéressant. Marmonna ma mère d'un air pensif.
Et voilà, c'était partit ! Son jeu favori ? Me trouver un prétendant. Elle avait déjà essayé avec l'un des deux frères Ferguson, John, le génie. Pour elle, l'intelligence était le critère principal de sa recherche. Dommage pour elle que John soit trop petit. Plus petit que moi, c'est-à-dire minuscule. Oui, John avait beau être un génie, il ne faisait pas le fière par rapport à sa taille. Il devait faire dix-centimètre de moins que moi, sachant j'atteins le mètre soixante-quinze. A l'époque, nous étions enfants et nous faisions à peu près la même taille... De loin, en tout cas. Sinon, il avait toutes les qualités que demandait ma mère. Châtain, intelligent, un visage doux, presque parfait. Sauf ce problème de taille. Mais là, c'était différent, on parlait de Sam. Sam, le garçon le plus beau que j'ai vu jusqu'à présent, d'une beauté parfaite et totalement sans défaut. Ma mère allait tenter le coup, j'en étais sûre.
- Il est bon à l'école ? Continua ma mère en s'asseyant près de moi.
- Disons, qu'il ne parle pas. Pas beaucoup.
- Ah, discret ? Ou modeste peut-être ?
- Prétentieux et voyant.
- Hein, hein. Voyant, c'est-à-dire ?
- On ne peut pas le rater, beaucoup plus beau que la normale.
- Super, c'est une bonne nouvelle ça tu le sais ? Imagine que tu ... Enfin, peut-être que tu pourrais...
- Non, maman. N'y compte pas.
Elle se leva en effleurant mon épaule et souffla une phrase qui ressemblait à un « C'est ce qu'on verra ». Je n'eus pas le temps de riposter qu'elle était déjà partit. Je soupirais et revoyais ma journée en détail. Tous était important, tout y compris le silence qu'il y avait entre nous, ce silence si plaisant, si relaxant. Je crois que c'était aussi grâce à ça que j'aimais bien Sam, pour son silence. Lui, ne devait peut-être pas apprécier autant que moi mais il avait l'habitude, après tout. Je me relevais et récupérais mon sac, le remettant en un mouvement sur mon épaule, je montais dans ma chambre pour la soirée. Qu'allais-je encore pouvoir faire ce soir ? Je ramassais un livre sur le sol et me mettait à relire un des passages au hasard. Mes jambes s'affaissèrent et je m'écroulais sur mon lit, livre en main. Mes yeux étaient de plus en plus fatigués par ce rythme scolaire époustouflant. Je posais l'ouvrage sur mon ventre, le temps de reprendre un peu de force et me remettre à lire ensuite. Seulement, la fatigue l'emporta et je restais dans mon lit pour la soirée, sans prendre de dîner. J'entendis une porte grincer, une couverture se poser sur moi, puis plus rien. Le sommeil m'avait emportée.

# Posté le vendredi 01 mai 2009 15:21

Modifié le mardi 01 septembre 2009 06:12

Entracte-1.

Entracte-1.

# Posté le dimanche 29 mars 2009 07:40