Vendredi 12 Novembre, 6h29 :
Il est comme d'habitude trop tôt pour se réveiller, mais j'ouvre doucement les yeux. Je pousse ma couette épaisse sur le bord de mon lit. Mes pieds effleurent le sol. Il fait noir dans la pièce. J'entre dans la salle de bain, la tête lourde, les jambes flageolantes. Mon reflet dans le miroir n'est pas pire que certains matins. Mes cheveux châtains seulement un peu emmêlés. Qu'il fait chaud ici ! J'ouvrais en grand la fenêtre, respirant pleinement l'air de Londres. Ma fenêtre se trouvait juste en face d'un parc. Le parc où j'allais chaque après-midi, d'ailleurs. Là-bas, c'était comme un coin isolé. Aucun problème, aucun souci. Et j'aimais tellement le vent qui soufflait faiblement vers quatre heures de l'après-midi... Je refermais la fenêtre, tournais le robinet de la douche du côté le plus froid possible et attachais négligemment mes cheveux. J'enlevais lentement ma légère chemise de nuit et rentrais dans la douche. Quelques frissons me parcoururent le dos au contacte de l'eau glacée. Je détestais l'eau chaude, étrangement c'était comme une obsession, un cercle vicieux de l'eau chaude. L'eau brûlante me donnait mal à la tête, je n'ai jamais su pourquoi. C'est donc au bout de quelques minutes que j'attrapais une serviette et me roulais à l'intérieur. L'eau avait arrêté de couler. Vu que mes cheveux n'étaient pas tout trempés, il n'était pas nécessaire de faire le long soin dont ils ont besoin. Je les laissais retomber gracieusement le long de mon dos lorsque j'enlevais enfin l'élastique. 6h47. J'avais le temps. Je partais à la recherche de mon uniforme de Novembre. Surement, rangé dans une armoire. Mais laquelle ? Je les fouillais une à une, tiroir par tiroir. Là ! J'enfilais la jupe à volant ainsi que le chemisier blanc et mettais la veste sur mes épaules, laissant pendre les manches. 6h51. J'examinais ma chambre, le bleu ciel devenait de plus en plus clair au fil des jours. Sur ma table de chevet était posé un livre, le livre que j'avais lu des milliers, peut-être même des milliards, de fois. Je l'attrapais délicatement et plongeais sur mon minuscule lit. Je pouvais au moins lire vingt minutes, non ? Les pages tournaient les unes après les autres, m'envoyant une odeur de papier dans la figure. J'aimais tellement ça. Le livre narrait l'histoire d'un garçon pas tout à fait comme les autres qui en cherchant son meilleur ami perdu dans une immense forêt, rencontre une fille pas tout à fait comme les autres. Leurs aventures palpitantes n'étaient pas simplement : Ils se rencontrent – Ils tombent amoureux – Et vivent heureux le reste de leur triste vie. Non. Elle le quitte, il meure de chagrin, elle revient le chercher aux portes du paradis, elle lui offre son c½ur et il repart vivre sur terre en laissant celle qu'il aime le sauver, ils seront à jamais liés. Etc., Etc. Je referme le livre. 7h07. J'empoigne mon sac de cours posé dans un coin de ma chambre et ferme la porte couverte de pancartes « NE PAS ENTRER ! » derrière moi. Les gestes matinaux sont toujours les mêmes, après la porte fermée, la descente des escaliers et enfin le petit-déjeuner à la cuisine. Je tire une chaise de la petite table blanche de la cuisine.
- Bonjour, Lila. Chantonna ma mère.
- Salut, Maman. Lui répondis-je morose.
Elle cuisinait, comme d'habitude.
- Tu as passé une bonne nuit ?
Elle souriait, qu'est-ce que je pouvais lui répondre face à ce grand sourire ? Mentir ?
- Bah, oui, très bien.
- Moi aussi !
A cet instant, mon frère, Tommy déboula dans la pièce.
- Booonjour, Lila ! Cria t-il.
- Ah... Tommy !
Du haut de ses cinq ans et demi, il me souriait, les yeux pétillants de bonheur. Comme toujours d'ailleurs. Il attendait quelque chose apparemment car il croisa ses bras sur son faible torse.
- D'accord... Allez, viens là. Soupirais-je en le prenant sur mes genoux.
Ma mère versa des ½ufs brouillés et du bacon dans mon assiette.
-Moi aussi je peux en avoir, s'il te plait Maaaaman ? Supplia mon frère en bondissant sur mes genoux, ce qui m'arracha un petit cri de douleur qu'il ne remarqua pas, bien-sûr.
- Lila, attrape une assiette pour ton frère.
Je posais l'agité à côté et poussais bruyamment ma chaise.
- Tiens, et ne la fait pas tomber. D'accord ? Dis-je en lui tendant une assiette.
- Non, non.
Je me rassis, et continuais à agiter ma fourchette autour du bacon encore chaud.
-Lila, il est temps de partir ?
Je jette un coup d'½il à l'horloge, 7h23.
- Oui, j'y vais. A ce soir, maman. Murmurais-je en finissant mon assiette en vitesse.
- Moi aussi, je peux aller au lycée, s'il te plait Maaaaman ? Re-supplia mon frère.
- Non, Tommy. Quand tu feras la même taille que Lila, d'accord. Mais ce n'est pas pour tout de suite.
Mon petit frère baissa la tête, déçu.
- Ne t'en fais, tu iras bien plus vite que tu le penses. Dis-je en ébouriffant ses cheveux au passage.
Un sourire éclaira son visage. Un rien, le rend heureux. Je prenais mon sac sur l'épaule et partais.
- Ne rentre pas trop tard ! Cria ma mère tandis que je claquais la porte.
« Oui, maman ! » Avais-je envie de répondre mais je m'élançais déjà dans la rue. Le ciel bleu rayonnait au dessus de ma tête, les volets des chaque maisons s'ouvraient, un à un. Les oiseaux commençaient à gazouiller au loin, sur les toits, profitant des premiers rayons du soleil. Je marchais tranquillement, prenant tout mon temps pour contempler la ville se réveiller. Londres, une grande ville, certes, mais Ma ville. Je passais devant la maison des Ferguson. Ah, les Ferguson... Deux charmants parents, une mère adorable et un père protecteur. Mais contrairement à eux, leurs deux fils n'étaient pas aussi... Fusionnels. Deux jumeaux, totalement opposés. L'un était premier dans toutes les matières, même en sport. L'autre était le Leader d'un groupe de Rock. Je n'avais jamais vraiment prêté d'attention particulière à ces frères. Mais je savais qu'ils ne s'aimaient pas. Leurs histoires m'importaient peu à vrai dire. Ils étaient seulement mes voisins, c'est tout. Un bus rouge passa devant moi. Vite ! C'était le mien. Il s'arrêta à quelques mètres de moi tandis que je continuais à courir. Les portes s'ouvrirent et je montais les quelques marches en essayant de ne pas trébucher dans un élan de vitesse.
- Ticket ? Marmonna le chauffeur en me regardant d'un air de dégout.
- J'ai...J'ai une carte. Articulais-je le mieux possible.
Je sortis, alors, la précieuse carte de ma poche et plaquais devant la figure du chauffeur.
- C'est bon, allez-y. Soupira t-il en baissant la tête.
J'avançais lentement tandis que le bus redémarra. Un tournant ! Bam.
- Excusez- moi ! Murmurais-je à celui que j'avais littéralement écrasé.
- Faites un peu attention ! Hurla t-il ahurit.
Je baissais à mon tour les yeux et continuais à chercher une place. Personne ne semblait remarquer que j'étais la seule debout. Près de la vitre. Je m'asseyais, posant mon sac sur la place d'à côté. Je me tassais sur mon siège, attachant à la va-vite mes cheveux d'un élastique qui serrait mon poigné. Prochain arrêt, lycée.
A cet instant, le premier incident étrange arriva. Le bus passa devant une maison différente des autres. Toute nouvelle car dans mes souvenirs, elle n'apparaissait pas. Etrange, je n'avais jamais remarqué ? Et comment avais-je fais pour passer à côté d'une telle demeure ? Elle était peinte de bleu ciel, presque turquoise. Vraiment imposante, presque aussi grande qu'un palace. Pourtant, très accueillante. Avec ses fenêtres encerclées de lierre. Des plantes poussaient de tous les côtés, le jardin s'étendait par devant. Des arbres à fleurs en plein de mois de Novembre. Sans contexte, la plus belle maison de Londres était sous mes yeux. Un homme était assis en tailleur sur l'herbe verte, il me souriait. D'une beauté intrigante, enfin, seuls ses yeux le différenciaient des autres hommes de ce vaste monde. D'une couleur indéfinissable. Couleur de quartz rose. Impressionnant, étonnant, stupéfiant. Des traits fins, des yeux en amande, des mains fragiles, pleines de douceur. Ses cheveux longs retombaient dans son dos, des cheveux blonds à la limite du blond platine. Il était vêtu d'un long tee-shirt délavé et d'un pantalon en velours. Je ne saurais dire son âge, il devait avoir dans la vingtaine d'année. Peut-être plus. Mais d'une beauté inqualifiable. La douceur incarnée. Le bus fila à toute vitesse, me laissant le contempler seulement quelques instants. Ebahie, j'avais du mal à réaliser où j'étais. Le bus s'arrêta. Mon Lycée, ses grandes portes noires, envahies par le lierre s'étendaient devant moi. Allez, bouge-toi un peu Lila.
- C'est une journée comme une autre. Soufflais-je pour moi-même.
Petit à petit, mes pas se firent plus lents, plus lourds. Je descendais, mon sac empoigné dans la main, je marchais au milieu de l'allée du lycée. Je soupirais m'arrêtant juste devant l'entrée. Encore une journée banale. Les élèves commençaient à arriver. Je poussais la lourde porte. Voilà, j'y suis. L'odeur du sol tout juste lavé me fit sourire. Direction la bibliothèque.
- Bonjour, Lila. M'interpella la principale.
- Bonjour, Madame. Répondis-je habituée.
- Tu arrives encore beaucoup trop tôt.
- Je sais.
Sur ce, elle m'ouvrit la bibliothèque et tourna les talons.
- Merci, Madame.
Elle ne fit aucun geste en retour. Bien trop occupée... Mais oui, c'est ça. J'entrais dans le domaine silencieux.
- Ah...Lâchais-je fatiguée.
Je m'installais à une table, au fond, et sortais mon mp3. A cette heure, personne ne venait ici. J'avais droit à tout, du coup. Je lançais la première musique qui apparaissait sur ma liste. Une de mes chansons du moment. « Obviously » de Mcfly. Je croisais mes bras sur la table et laissais ma tête se poser dessus, tournée de façon à voir le ciel à travers la fenêtre encastrée dans le haut du mur. Un avion passa, il laissa son nuage d'avion que j'aimais tant. Lorsque j'étais toute petite, ce trait blanc dans le ciel me rassurait. C'était plus apaisant que n'importe quelle autre méthode. « DRRRIIIIIIIIIIIING » Je sursautais, pratiquement à en tomber de ma chaise. C'était repartit. Je sortais de la bibliothèque. 8h.
- T'as vu la tête du nouveau ? Murmura quelqu'un à l'oreille de son voisin.
- Oui ! Mon dieu, il est trop bizarre... Lui répondit-il perturbé.
Ne peuvent-ils donc jamais s'arrêter de parler dans le dos des gens ? Vraiment, pauvre garçon. Je me frayais un chemin à travers la foule de monde qui se précipitait dans leur classe. Moi, j'allais en cours d'art dramatique. 6D, du deuxième bâtiment. La salle se trouvait à l'opposé d'où j'étais. Je sortais par la porte du côté de la cour, un endroit vert encerclé par trois imposants bâtiments. Le bâtiment 1, celui des cours scientifique. Le bâtiment 2, celui des cours littéraires et des arts et le bâtiment 3, qui regroupait un stade et un gymnase. Je traversais la cour, en veillant à passer par les allées plutôt que l'herbe. La rosée venait de passer. Je bousculais trois personnes au passage et rentrais enfin dans ma classe. Enfin, si on peut appeler ça une classe. Quelques sièges installés n'importe où, un canapé et une petite scène. Tout ça casé dans une salle de classe. Etonnant, d'ailleurs. Je posais mes affaires dans la grande étagère et prenais une place sur le sol en compagnie de quelques élèves. Plutôt à quelques mètres d'eux.
- Y parait qu'il est muet. Enfin, il parait. Chuchota une fille blonde qui faisait partie de la bande qui trônait au milieu de la salle.
- Oui, ça s'est confirmé. Richard lui a parlé et il n'a même pas prit la peine de répondre. Répliqua une autre fille d'un ton arrogant.
- T'appelle ça confirmé, toi ? Dit un garçon aux cheveux bruns en la toisant gracieusement.
- Mais il est étrange, vous ne trouvez pas ? Il a un truc bizarre. Reprit la fille blonde.
- Non, c'est un nouveau. C'est tout. Répliqua le garçon.
Pauvre nouveau. Voilà ce à quoi ils avaient tous droit, les nouveaux. « Il est bizarre, y parait que ses parents sont décédés et que du coup il est venu en pension ici. Et sa s½ur l'a accompagnée et blablabla... Et blablabla. » Franchement, je suis heureuse d'être arrivée au début d'année.
- Allez, les enfants ! Commençons ! Cria Mrs. Donner en claquant violemment la porte derrière elle.
Tout le monde se remit debout en vitesse. Tous sauf moi, bien-sûr. Lassée comme d'habitude.
- Aujourd'hui, nous avons des exposés, non ? Lise monte sur la scène. Lui ordonna t elle.
- Mais...Mais madame, il n'y avait rien à préparer pour aujourd'hui ! Supplia cette dernière.
- Improvise !
Lise monta sur la scène, vaincue. Ses cheveux noirs ressemblaient à des ailes de corbeaux lorsqu'elle pencha la tête en avant pour trouver un peu d'inspiration.
- Automne. Lui soufflais-je gentiment.
- Rasseyez-vous, s'il vous plait. On écoute Lise. Dit Mrs. Donner.
Lise me lança un regard désespéré que je lui rendais par un sourire d'encouragement. Elle hésita puis soupira.
- « O hushed October morning mild,
Thy leaves have ripened to the fall;
Tomorrow's wind, if it be wild,
Should waste them all.
The crows above the forest call;
Tomorrow they may form and go.
O hushed October morning mild,
Begin the hours of this day slow. » Chantonna t elle, fière d'avoir trouvé de quoi elle pouvait narrer.
- Bien, bien. La suite, la connais-tu ? Demanda Mrs. Donner.
- Eh, bien... Pas tellement. Dit Lise, gênée.
- Lila ? Tu prends la suite. M'ordonna Mrs. Donner.
Pourquoi moi ? Franchement, les profs... Bien-sûr que je connaissais ce poème, mais faire celle qui connaît tout parce qu'elle passe son temps dans les livres, je déteste ça.
- D'accord. Murmurais-je résignée.
- Pas la peine de monter sur scène. Lise reste là, tu feras le commentaire après.
- « Beguile us in the way you know.
Release one leaf at break of day;
At noon release another leaf;
One from our trees, one far away.
Retard the sun with gentle mist;
Enchant the land with amethyst.
Slow, slow!
For the grapes' sake, if the were all,
Whose leaves already are burnt with frost,
Whose clustered fruit must else be lost
For the grapes' sake along the all.»
- Merci, Lila. Rassies toi. Alors Lise, October pourquoi l'as tu choisi ? Siffla Mrs. Donner.
Je me reposais sur le sol, ne suivant plus rien à leur discussion jusqu'à la fin de l'heure. Mon esprit était seulement perturbé par un évènement, Lise m'a compris lorsque j'ai dit Automne. Ça peut paraître stupide mais c'est la première fois que je souffle la réponse à quelqu'un et que cette personne comprend ce que je viens de lui dire. C'était plutôt marrant, en fait. Et étrange, aussi.
- Eh, Lila. Merci de m'avoir aidée tout à l'heure. Me chuchota Lise tandis qu'elle se rasseyait à mes côtés.
- C'est rien. Je savais la réponse...ou plutôt sur quoi, il serait bien que te parles. Répondis-je un peu gênée.
- Tu manges dehors le midi ? Demanda t elle pleine d'enthousiasme.
- Non, je mange ici.
- Oh, super ! Tu viendras avec nous alors ?! S'exclama Lise déclenchant quelques regards vers nous.
- Oui, c'est d'accord, c'est d'accord. Murmurais-je pour tenter de la calmer.
Elle me fit un immense sourire et partit dans une autre discussion avec l'une des filles du groupe d'à côté pendant que la prof partait encore dans ses délires de pièces de théâtre.
Lise m'avait invitée à manger avec eux ? Moi, qui mangeais toujours dans la bibliothèque en écoutant de la musique (Seul endroit où il n'y avait pratiquement personne, du coup, pas d'interdiction). Bon, à vrai dire, ça devait faire un mois que je mangeais seule et un peu de compagnie n'est pas si mal. Et puis Lise était sympa. Les autres je ne connaissais que leurs prénoms. Sally, Leonard, Nancy, Gary et Lise. Le groupe des groupes. J'avais dû leur parler... une ou deux fois pas plus. Lise était celle avec qui je m'entendais le mieux. Pas seulement aujourd'hui mais de temps en temps, nous parlions de... Je ne sais pas. C'était une fille plutôt timide mais ayant un certain tempérament. Ses cheveux noirs corbeaux étaient étonnamment lisses, ses yeux noisette la rendaient plus douce qu'elle ne l'est, d'ailleurs son teint pâle s'accordait parfaitement au reste.
- Nous mangerons avec les autres ça ne te déranges pas ? Parce que si tu... Chuchota Lise en se tournant vers moi.
- Non, non. Ils ont l'air sympa.
« DRRIIIIIING ». Cours suivant, Maths, Bâtiment 1 – Salle 2F.
C'est repartit. Je reprenais mon sac et filais à mon prochain cours. Dans les couloirs, les gens trainaient le pas. Le plus lent possible pour être en retard, sans doute. Moi, j'avançais, ramenant mon sac sur l'épaule, slalomant entre deux personnes. De temps en temps, j'entendais des chuchotements puis des rires.
- Oui, il parait qu'il s'appelle Sam. Mais rien n'est sûr. Lança un garçon à son pote.
- Il ne parle pas, apparemment. Répliqua son copain.
Je continuais de marcher et traversais la cour, vide. Seul un garçon aux cheveux blond platine presque blanc assis dans l'herbe, tête baissée, lisait un livre. Ou quelque chose comme ça, car je ne le voyais que de loin. Ses cheveux m'impressionnaient, plutôt longs, recouvrant son front et retombant le long de son cou. Une telle couleur, c'était presque impossible. Une teinture ? Pourtant ils semblaient si... Vrais. Une deuxième sonnerie retentit. Mince ! Je courrais maintenant jusqu'à ma classe.
- Désolée, je suis en retard. Dis-je essoufflée en rentrant dans le cours de Maths.
- Assieds-toi en vitesse. M'ordonna le professeur qui inscrivait déjà quelque chose au tableau.
Je sortais mes affaires en faisant le moins de bruit possible. Je déteste les cours de Maths. Tous ces nombres qui s'entrechoquent dans ma tête... Quelqu'un toqua à la porte.
- Entrez ! Monsieur, vous êtes en retard ! Cria Mr.Ephar.
La porte s'ouvrit rien qu'un peu et un garçon aux cheveux blond platine rentra dans la salle. Le garçon que j'avais vu tout à l'heure, assis dans l'herbe. Il avait un papier à la main.
- Vous avez un papier pour votre retard ?
Le garçon posa son morceau de papier sur le bureau et alla s'asseoir sans dire un mot à deux tables à ma gauche. C'était la première fois que je le voyais d'aussi près. Mais il gardait la tête baissée. Les chuchotements s'intensifièrent provoquant une remarque du Professeur. Lui, sortait calmement ses affaires, ses cheveux étaient encore plus magnifiques de là où j'étais. Son uniforme lui allait mieux qu'aux autres garçons et les filles remarquaient cela. Déjà tout un groupe s'était installé à ses côtés. Il était plutôt beau, c'est vrai. Mais Muet. Les rumeurs ne mentaient pas toujours.
- Continuons. S'exclama Mr. Ephar.
Toutes les filles retournèrent à leurs places, Il ne prêta même pas attention à elles. Moi, je continuais de noter le cours, en essayant de ne pas trop détourner le regard. Mais c'est vrai, il m'intriguait. Puis mes pensées divaguèrent vers l'homme de ce matin. Cet homme aux cheveux intensément longs, qui me souriait. Une beauté plus spectaculaire encore que le nouvel élève. Et cette maison si...
- Lila ! Chuchota ma voisine en me tendant un papier.
- Oui, c'est pour qui ?
- Le nouveau. Souffla t elle, impatiente.
- D'accord.
J'attrapais le mot et le passais à mon voisin de gauche.
- Pour le nouveau. Murmurais-je à peine audible.
Je me redressais et d'un mouvement de table fit tomber mon stylo sur le sol. Rho !
J'allais me lever pour faire le tour mais quelqu'un s'en empara avant moi. Sam, le nouveau. Toujours assis sur sa chaise, il lui avait fallu juste tendre le bras. A cet instant, il tourna la tête. Un mouvement de cheveux et un immense sourire qui me fit vaciller sur ma chaise. Et je vis ses yeux. Ma respiration se bloqua. Des yeux couleur quartz rose me fixaient.
- Je...Je...
Sous le choc, j'arrachais le stylo des mains de Sam. Je sentais que mes joues viraient au rouge, et son regard était toujours sur moi. Il continuait de sourire. Encore et encore.
La sonnerie m'arracha de ma contemplation. Il se leva, rompant notre lien visuel. J'avais tant de question à lui poser, tant de choses à lui dire... Mais rien ne sortait de ma bouche, je restais là. Assise sur ma chaise, bouche bée. Il sortit sans même tourner la tête, pas un mot, pas un geste. Les secondes s'écoulèrent très vite car peu de temps après Lise me parlait déjà.
- Lila, qu'est-ce que tu fais là... Tu n'es pas censée être en Chimie ?
- Sans doute. Répondis-je, le regard vide.
- Mais viens, dépêche toi. Tu n'as pas l'air bien... ça va ?
- Oui, oui... C'est juste que... Non, rien. Il faut que j'y aille. A dans une heure !
- A tout à l'heure. Ne te perds pas en route.
Je remballais mes affaires plus vite que jamais et sortais en courant de la classe. Il avait sûrement chimie avec moi, non ? Soudain, mon souffle s'apaisa. Je repris conscience que j'étais en retard et continuais à courir dans la bonne direction. Pourquoi les classes étaient elles si loin, les unes des autres ? Heureusement, lorsque j'arrivais, le professeur n'était pas encore là. Je rejoignis mon tabouret, guettant la moindre mèche blonde à moins de dix mètres. Il était là. Assis, au fond de la classe, tête penché sur le côté, regardant le ciel bleu à travers la fenêtre. J'allais l'appeler mais je me retins. Une bande de fille s'était déjà formé autour de lui. Le pauvre, tout de même. Cependant, Sam ne semblait pas faire attention à elles. Il continuait de regarder le ciel, l'air pensif.
- Installez-vous. Cria le professeur tout en posant son sac sur le bureau.
Je n'avais même pas remarqué qu'il était entré. Il enleva sa veste et enfila l'éternel blouse blanche qu'ont tout les profs de chimie. Je fixais toujours Sam, tout en sortant de quoi noter. Lui, prit dans sa contemplation du ciel décida enfin de tourner la tête. Et me regarda, son expression était celle d'un enfant. Il me sourit, une nouvelle fois et je baissais la tête, gênée. Je crus entendre des plaintes du côté de sa bande de fans mais je fis comme si je n'avais rien remarqué.
- Aujourd'hui, nous allons fabriquer des colorants artificiels alors pas de mouvements brusques qui risque de créer une explosion ou quoi que ce soit, d'ailleurs. Railla le Professeur.
Quelques chuchotements puis des rires.
- Monsieur, nous avons un nouvel élève dans la classe ! Hurla une des filles hystérique qui semblait vénérer Sam.
- Ah ? Où est-il ? C'est vous... ? Dit-il en pointant Sam du doigt.
Ce dernier hocha la tête. Je me concentrais sur mon cahier afin d'oublier un peu l'existence du nouveau venu. Pourquoi m'intriguait-il autant ?
- D'où venez-vous ? Demanda le Professeur, perplexe.
Un silence s'installa. Tout le monde attendait que Sam parle enfin. Mais il ne dit rien, regardant droit dans les yeux son interlocuteur.
- D'Irlande ! Cria soudain une de ses fans.
- Mmh, L'Irlande. Et pourquoi cette soudaine arrivée ici ? Répliqua t-il.
Sam se taisait, laissant parler ses admiratrices. Mais elles-mêmes, ne semblaient pas savoir. Réfléchis, Réfléchis... Allez, courage Lila.
- Sam a...certaines raisons, familiales. Des histoires compliquées avec ses parents... Pas vrai, Sam ? Intervins-je d'une voix tremblotante.
Sam écarquilla les yeux puis hocha la tête. Tout le monde semblait amusé par ma réponse, mais elle avait suffit pour que le Prof arrête son interrogatoire et revienne se placer à son bureau. Une fois que tout le monde se soit remis de ce qui venait de se passer, Sam me fit un sourire que je clarifiais par un « merci ». Je détournais les yeux. L'heure passa aussi vite que la précédente, me laissant divaguer sur mes pensées de temps à autre.
Lorsque la sonnerie retentit, j'eu du mal à sortir de mes rêveries. Je sortais donc, comme d'habitude, la dernière de la salle. Sauf qu'aujourd'hui, quelqu'un m'attendait devant la porte. Sam. D'abord, je fis celle qui ne se rendait pas compte que c'était elle qu'on attendait. Mais ça ne marcha pas, car Sam se mit devant moi afin de ne pas me laisser passer. Son corps frêle prenait cependant beaucoup de place collé ainsi au mien.
- Merci. Chuchota t-il d'une voix angélique.
J'étais consternée, ébahie et en colère aussi.
- Que...Quoi ?! Mais tu parles ! Mais...Tu ... ! Rageais-je soudain prise d'un élan de colère.
- Parler n'est pas naturel, chez vous ? Plaisanta Sam un sourire aux lèvres.
- Non, mais c'est quoi ton problème ?! J'ai mentis pour toi... Parce que je croyais que tu étais Muet ! Hurlais-je.
- Muet et Sourd vont ensemble, le plus souvent ? Sauf que je ne suis pas sourd. Pardonnes moi, Lila. S'excusa t-il en redevenant l'être le plus fragile du monde.
- Tu n'as pas répondu tout à l'heure. Pourquoi ? Et d'où tu connais mon nom ? Prononçais-je en me calmant un peu.
- As-tu remarqué les filles autour de moi, tout à l'heure ? Y compris toi, bien-sûr. Je provoque souvent un certain...Aspect de folie, lorsque je parle. D'ailleurs, je ne comprends pas très bien pourquoi, toi, tu n'es pas folle de moi à cet instant ? Dit-il soudain redevenu rieur.
- Pour qui tu ne prends là ?! Tu rigoles ou quoi ? M'enflammais-je soudain.
- Je dis seulement qu'aucune fille, ne résiste habituellement, à ma voix. Soupira t-il moqueur.
- Moi, je préférais quand tu ne parlais pas ! Prétentieux ! Criais-je avant de partir comme une furie.
Non, mais c'est quoi son problème ?! Je bousculais une personne, sans même m'excuser et sortais rejoindre Lise qui m'attendait sagement assise sur les marches de la cour.
- Tu as l'air encore pire que tout à l'heure. Souffla t elle, calmement.
- C'est rien...
J'avais envie de lui dire mais quelque chose m'en empêcha, une force que je ne contrôlais pas. Un truc en moi, me disait de me taire. Alors je fis comme si de rien n'était. Elle m'entraina vers la cafétéria, l'endroit habituel où personne ne mangeait. Là-bas, nous retrouvions Sally et Leonard assis à une table. Sally était une fille plutôt impressionnante, sa beauté naturelle dégageait quelque chose. Sally, la verte. Je pense que c'est ce qui la caractériserait le mieux car plus écologiste et ailleurs... Tu meurs. Ses longs cheveux blonds vénitiens faisaient d'elle, l'une des plus belles filles du lycée. Ainsi que son copain, Leonard bien-sûr. Le couple, le plus beau d'ici, c'était eux. Leonard, mince comme une brindille, les cheveux châtains clairs, une manie de toujours rester avec Sally, n'importe où elle allait. Ils étaient charmants aussi bien l'un que l'autre.
- Sally, Leonard ! S'écria Lise un grand sourire aux lèvres.
- On vous attendait ! Répondit Sally sur le même ton.
Poliment, Leonard se leva et attendit une réaction de Sally. Elle fit de même et tout deux, mains entrelacées, allèrent du côté des vitrines. Car oui, ici, nous achetons ce qu'on mange comme au fast-food.
- Tu t'appelles bien Lila ? Me demanda Sally en se tournant vers moi.
- Oui... Et toi, c'est Sally n'est-ce pas ?
- Oui, c'est ça. Dit-elle en souriant.
Bizarrement, je me sentais vraiment bien avec eux. Peut-être pas totalement mais presque.
Lise m'entraîna aussi vers les machines. Sorte de distributeurs flamboyants. C'était la première fois que je mangeais ici, alors, je suivais le moindre de leurs mouvements. Des étages de salades, de sandwichs, quelques légumes légers... Parfait. J'optais pour une salade jambon. Sally pour des crevettes qu'elle partagerait avec Leonard et Lise un petit sandwich au thon. Une fois le tout commandé, la machine déversa notre déjeuner dans une caisse juste à côté. Je prenais ma salade et suivais le petit groupe. En réfléchissant, moi aussi, je faisais partie de ce groupe maintenant. Nous nous installâmes dans l'herbe de la cour, entourés de quelques élèves.
- Dis, Lila, pourquoi le nouveau te regarde comme ça ? Tu le connais ? Me demanda Lise en fixant derrière moi.
Je me retournais et croisais, pendant un instant, le regard de Sam. Qu'est-ce qu'il me voulait encore lui ? Son teint pâle faisait ressortir encore plus ses yeux teintés de rose. Je regardais désormais l'image du Sam prétentieux dans ma mémoire. Je détournais les yeux, il n'en valait pas la peine.
- Non, je ne le connais pas. Pas suffisamment, en tout cas, pour m'intéresser à ce qu'il pense en ce moment. Soupirais-je déçue.
- Il t'a parlé ? S'écria t elle soudain étonnée de ma réponse.
- On ne peut pas appeler ça, « parler ». Dis-je poliment.
- Il est spécial, je trouve. Un truc dans le regard, même ses cheveux sont... Hors du commun. Pour moi, ce garçon a quelque chose. Mais je ne m'y intéresse pas non plus. Dit-elle en souriant.
« Un truc dans son regard », ne l'avait-elle donc pas vu ? Ce quartz rose dans ses yeux ? Ce rose qui m'a fait perdre conscience de tout ? Je faisais celle qui n'avait rien remarquée...Encore.
- Non, il est...banal si on enlève la couleur de ses cheveux. Répondis-je brutalement.
- Tu as raison...Soupira Lise avant de continuer à manger.
Je repensais à ce qui s'était passé, le contact de ses mains si douces, notre échange de regard, ses sourires si fréquents, ses yeux si étranges, puis comme il s'était vanté quand il a parlé. Vraiment... Trop prétentieux. Je commençais enfin à manger la minuscule salade que j'avais achetée.
- Lila, on ne s'est pas présentés. Je suis Leonard, ravis de te rencontrer. Me salua Leonard au bout de quelques minutes.
- Ravie, aussi, Leonard. Dis-je en avalant une feuille de salade.
- Tu aurais pus t'y prendre plus tôt, Leonard ! Murmura Sally en donnant un léger coup de point à son compagnon.
- Je suis désolé.
- Ce n'est pas grave. Sally, pardonne-lui. Je n'ai même pas fait attention...Chuchotais-je timidement.
Leonard me souriait, ce qui m'étonna un peu d'ailleurs. Nous continuions de discuter pendant une longue heure ainsi. Lise m'avait parlé de ses deux petits frères et j'avais l'allusion à Tommy, mon petit frère, qui apparemment, connaissait déjà les frères de Lise. Aussi, elle me raconta comment elle avait quitté la Norvège pour s'installer ici, à Londres. Et un tas d'autres trucs qui m'étaient un peu sortis de la tête. Mais je l'aimais bien, cette Lise. Lorsque nous décidions enfin de partir, Sally et Leonard s'éclipsèrent en un instant.
- Et tu n'as...Dit Lise en s'interrompant brutalement.
Elle se tut un instant, le regard fixé au loin. J'essaye de suivre l'endroit qu'elle regardait. Un des frères Ferguson passa à quelques centimètres de nous, en un mouvement rapide qui fit voler les cheveux noirs de Lise. Elle soupira.
- Ah... Matthew. Murmura t elle si bas que j'eu, moi-même, du mal à l'entendre.
- Tu... Tu as un penchant pour Matthew ? Questionnais-je au hasard.
Elle me fit un sourire puis baissa la tête. Matthew, le leader du groupe de rock que tout le monde connaissait, que tout le monde aimait. Sûrement, le meilleur des deux frères à mon avis. Ses cheveux étaient aussi noirs que ceux de Lise, coupés assez courts, tout ébouriffés, une vrai rock-star avec son collier noir. Sauf qu'avec l'uniforme, c'était un élève parmi tant d'autre. On le voyait le plus souvent avec une veste en jean, des converses rouges et son éternel collier.
- Disons que... Je l'aime bien. Souffla Lise tandis que son Matthew partait déjà de l'autre côté de la cour.
- Vous allez très bien ensemble, tu sais ? La réconfortais-je le plus tendrement possible.
- Merci, mais il est tellement...inaccessible à présent.
- Comment ça ? Demandais-je réellement intéressée.
- Il devient de plus en plus célèbre. Moi, une pauvre fille invisible, tu penses vraiment qu'il me remarquera ? Il en a tellement d'autre qui l'aime aussi... Pourquoi est-ce que ça serai moi qu'il remarquera et pas une autre ?
Sa voix dérailla, elle se rendait malade à cause de cette histoire. Sa tristesse pouvait se voir des kilomètres à la ronde. Elle était largement assez belle pour que Matthew la remarque. Je les voyais déjà ensemble, c'était comme une évidence.
- Vous êtes faits l'un pour l'autre, ça se voit. Ne t'en fais pas, ça viendra tout seul. La rassurais-je en la prenant par l'épaule.
Il fallait que je l'aide, moi qui connais les Ferguson. Je ne pouvais pas la laisser dans sa morosité, mon aide ne serait pas de trop. Puis, c'était inévitable qu'ils soient ensemble. Tout deux se ressemblaient tellement ! Les mêmes cheveux noirs luisants, le teint très pâle, des yeux en noisettes, la même expression sur le visage, la douceur de leurs apparences cachant suffisamment leur fort caractère. Car oui, malgré son apparence Rock-Star, Matthew semblait être un garçon extrêmement compréhensif et doux. Exactement pareil que Lise.
- Si... Si nous allions voir Nancy ? Demanda Lise hésitante.
- Oui, oui. Allons-y.
Elle souriait de nouveau et me prenant pas le bras, nous allions directement voir Nancy, assise sur un banc près de la sortie du lycée. Celle-ci me toisa somptueusement. Je fus étonnée car je n'avais encore rien dit et ne comprenais pas pourquoi elle me regardait ainsi.
- Salut. Lança Nancy d'une voix rude.
- Salut, moi c'est Lila. Dis-je timidement.
- Ouai, je sais. Répliqua t elle aussitôt.
Ses cheveux courts au carré la rendait encore plus sérieuse et dure qu'elle ne l'est. Lise soupira.
- Ne peux donc pas oublier cette histoire stupide, Nancy ?
- Impossible d'oublier.
Je ne comprenais pas. Un sourire de tristesse se dessina sur le visage de Nancy.
- Je...J'ai fais quelque chose de mal ?
- Ce n'est pas toi, ne t'en fais pas. Nancy est... de mauvaise humeur, c'est tout.
Nous restions dans le silence pendant de longues minutes puis je décidais d'aller faire un tour le temps que les cours reprennent, laissant Nancy parler enfin avec Lise.
- A tout à l'heure, Lise.
- On se retrouve à la fin des cours ?
- Pas de soucis... Salut, Nancy.
Celle-ci ne m'adressa même pas un regard. Je partais donc vers un espace où personne ne pourrait m'ennuyer, cherchant un coin d'herbe vide à travers la cour immense. Je vagabondais et dépassais peu à peu les bâtiments du lycée. Finalement, je tombais sur un coin si éloigné que personne ne venait ici. Je m'écroulais dans l'herbe fraiche, on devait avoir oublié de tondre la pelouse ici car l'herbe me semblait plus haute que dans la cour, ce qui la rendait encore plus confortable et moelleuse. Je fermais les yeux. Il faisait bon, ni trop chaud, ni trop frais. Je sentis le sommeil m'importer de plus en plus mais les cours allaient reprendre, pas question de s'endormir. Un bruit d'herbe froissée résonna près de mon oreille. Je ne prenais pas la peine de regarder ce que c'était.
- Agréable, ici. Murmura une voix angélique à quelques centimètres de mon visage.
Je me redressais en sursaut, mes yeux s'ouvrirent et virent Sam allongé près de moi.
- Qu'est-ce que tu fais là ?! Vas-t'en. Criais-je à moitié tellement j'avais étais surprise.
- Tu sais, je ne viens pas d'Irlande. La fille hystérique a raconté n'importe quoi. Comme toi, d'ailleurs. Sauf que tu as eu raison, toi. Raison de famille. Et en réalité, je viens d'une ville qui s'appelle Leicester. Ce n'est pas très long de Birmingham. Tu connais ? S'exclama Sam tout joyeux.
- Tu n'as pas entendu ? Vas-t'en. Insistais-je en ignorant ce qu'il avait dit.
- Aussi, je n'ai jamais voulu venir à Londres. Je savais ce que ça impliquerai si nous habitions ici, et je ne me suis pas trompé. La vie se complique plus le temps passe, ici. Je voudrais bien repartir mais tu n'as pas vu ma mère quand elle est décidée... L'horreur. Continua t-il.
- Quand est-ce que vas comprendre que je ne t'apprécie pas ? L'interrogeais-je en évitant de croiser son regard de peur qu'il prenne mal la colère que je ressentais en sa présence.
- Malgré tout ça, ma mère a bien l'intention de rester. Et moi aussi. D'ailleurs, je suis content d'être là, à cet instant. Près de toi, Lila.
J'étais consternée, choquée par ce qu'il venait de dire. Pourquoi continuait-il à me dire des paroles ainsi ? Me draguer, à quoi bon ? Je n'étais pas particulièrement belle. Contrairement à Lise, Sally et Nancy.
- Ecoute, je ne t'aime pas particulièrement. Ton aspect prétentieux m'a déjà pas mal dégoutée, et tu continue à... me draguer ? Je ne comprends plus rien du tout. Soufflais-je d'une voix détendue.
- Tu appelle ça « Draguer », toi ? Non, je fais juste connaissance avec toi. Voyons, pour qui tu me prends ? Un garçon sans politesse ? Bien-sûr que non, enfin ! S'écria Sam vexé.
- Sam, ça ne change rien. Compris ? Tu n'es qu'un garçon prétentieux. Insistais-je en levant les yeux au ciel.
- Comment te montrer que je ne le suis pas, au fond ? Mmh, je vais y réfléchir.
- Comme tu voudras. Soupirais-je persuadée qu'il n'y arrivera jamais.
Je me levais, ramassant mon sac et commençais à rejoindre la cour.
- Puis-je porter ton sac ? Demanda t-il de sa voix si belle.
Qu'essayait-il de me prouver ? Sa modestie enfouie au fond de lui ? Ce n'était pas comme ça qu'il allait réussir à me convaincre mais puisses qu'il le proposait si gentiment, j'acceptais malgré moi.
- D'accord. Murmurais-je gênée.
Il se saisit automatiquement de mon sac, le rejetant sur son épaule. Je remarquais qu'il n'avait pas de sac, lui. Sans doute pour frimer, encore. Apparemment, il comprit ma pensée car il répliqua aussitôt.
- J'ai laissé toutes mes affaires à côté de la cour, mon sac est assez encombrant si je le trimballe partout comme toi. Dit-il gentiment de sa voix si calme.
- Je pensais que c'était pour frimer. Encore. Soupirais-je démasquée.
- Tu t'es trompée. Rigola t-il malgré son sérieux.
- Mmh, ce n'est pas terminé. Pour moi, tu es toujours trop prétentieux.
-...Je...Je me demandais...Hésitais-je.
- Oui ?
- ...Non, rien.
Il m'était impossible de lui demander mais la question me brûlait la langue. Tant pis, je devais me retenir. Je lui poserai plus tard.
La deuxième partie du premier chapitre est en dessous
:) [Avant, les deux étaient collés.]